mardi 5 avril 2011

Qui massacre vraiment, en Côte d'Ivoire ? Maudits soient les yeux fermés, par Théophile Kouamouo



Source : le blog de Théophile Kouamouo, journaliste camerounais basé à Abidjan

02.04.2011

Côte d'Ivoire : maudits soient les yeux fermés

Je dois avouer quelque chose : ce blog a souvent été plus animé que ces derniers mois de crise postélectorale en Côte d'Ivoire. Le peu de contenu disponible depuis un certain temps traduit l'embarras du journaliste-blogueur dont la "marque personnelle" est forte mais qui travaille pour un ou des médias qui doivent également préserver leur marque... et qui n'ont, et c'est normal, pas toujours la même sensibilité sur un ou des sujets donnés que tel ou tel rédacteur qui publie dans leurs colonnes.
Pour ne pas déranger mes employeurs, je me suis donc évertué à ne pas trop m'exprimer sur cet espace, me contentant de relayer des papiers qui, à titre personnel, m'avaient intéressé. Je ne changerai pas de cap, et je ne livrerai pas au quotidien mes opinions personnelles. Mais je donnerai à ce blog une nouvelle vocation. Désormais - et ce, pendant le temps qu'il faudra -, il documentera de manière précise et détaillée les crimes, violations des droits de l'homme et exactions dont se rendent coupables les combattants d'Alassane Ouattara, qui contrôle désormais au moins les trois quarts du territoire ivoirien et livre la bataille d'Abidjan, avec l'appui de l'ONUCI et des forces françaises qui la soutiennent. Je publierai des témoignages vérifiés et étayés, loin du chaos manipulatoire qui s'empare du web dans des situations telles que celle que la Côte d'Ivoire connait actuellement. Je mets dans la balance ma réputation de journaliste expérimenté, ayant douze années d'expérience, ayant fait de l'investigation et en ayant payé le prix en Côte d'Ivoire.
Pourquoi ne parler que des crimes des troupes de Ouattara ? Les choses sont claires dans ma tête : les Forces de défense et de sécurité (FDS) ivoiriennes, fidèles à Gbagbo, en commettent aussi - sauf à considérer que dans la guerre, il peut avoir un camp de "purs". Cela dit, je pense que les exactions des FDS et de leurs soutiens sont largement dénoncées par les médias internationaux (c'est méritoire), souvent sur la base de simples comptes-rendus téléphoniques sans vérification (c'est problématique). En revanche, celles des pro-Ouattara sont soigneusement cachées ou peu relayées par des médias dominants qui le protègent, jusqu'à protéger leurs pires ignominies. C'est par devoir d'humanité envers les morts, les violées, les mutilés dont l'existence ne va pas dans le sens du storytelling manichéen qui structure le récit de la crise ivoirienne depuis 2000, que ce blog choisit cet axe fort. Avec l'aide de volontaires, et d'un réseau de blogueurs déjà en place, il dérangera ceux qui préfèrent fermer les yeux, passer leur chemin, et pratiquer l'indignation à géométrie variable.

02.04.2011

Epuration ethnique anti Wê à Duékoué, le témoignage d'un humanitaire de la région

Ce témoignage est celui d'un habitant de Duékoué exerçant dans l'humanitaire, qui pour des raisons évidentes, préfère garder l'anonymat. Mais qui s'engage sur l'honneur et se dit prêt à témoigner devant n'importe quelle juridiction à l'avenir. Une liste des morts et des disparus de Duékoué est déjà en train d'être constituée pour ce qui apparaît comme le massacre de plus forte ampleur dans l'histoire de la guerre en Côte d'Ivoire.

La prise de Duékoué par les FRCI (ainsi se sont baptisées les troupes de Ouattara) a eu lieu le lundi 28 mars 2011. Les journaux qui leur sont proches confirment bien cette date, dans leurs parutions de lundi et mardi. De même que l'intervention d'Alain Lobognon, porte parole de Soro. Une depêche de l'AFP est disponible à ce sujet.
Après la prise de la ville, les FDS ont replié sur Guiglo, laissant les populations aux mains des rebelles. A Guitrozon et Petit-Duékoué, toutes les populations se sont refugiées en brousse, fuyant d'éventuelles exactions. Il en est de même des populations des villages WE de DAHOUA, BAHE, PINHOU et GLAOU.
Jusqu'à mercredi, la ville de Guiglo, coincée entre Blolequin (occupée par les FRCI) et Duékoué (occupée aussi), et sans défense aucune (les FDS ont décroché vers le SUD en passant par TAÏ) n'était pas prise par les FRCI, à la grande surprise des populations. On le comprendra dans ce qui suit.
Les FRCI tenaient à massacrer les populations du quartier CARREFOUR, soupçonné d'abriter un groupe d'autodéfense. Les tueries ont eu lieu dans la nuit du mardi 29 au mercredi 30 mars 2011, dans le quartier "Diaye Bernard" communément connu sous le nom de "CARREFOUR". En regardant une carte GOOGLE EARTH, on peut localiser ce quartier qui a accueilli près de 9 000 réfugiés, suite aux conflits de janvier 2011 à DUEKOUE.
Il est situé à l'entrée de la ville de DUEKOUE, le long de l'axe ISSIA-DUEKOUE-MAN. Il est limité à l'EST (axe Duékoué-Issia) par une zone marécageuse qui donne sur la scierie NSD-THANRY et le camp de l'ONUCI. A l'OUEST, le quartier est bordé par les marécages du GUEMON. Ce sont ces marécages qui isolent ce quartier du centre ville. Le NORD du quartier est traversé par la route non bitumée Duékoué-Bagohouo-Kouibly. Le Nord est donc en zone rebelle, puisque le poste FDS est implanté dans le quartier. Le sud du quartier est la voie bitumée ISSIA-DUEKOUE-MAN.
Une fois la ville conquise le lundi 28 mars, les pillages ont commencé dans la nuit du lundi et se sont poursuivis toute la journée du mardi 29. Les populations étaient toutes terrées chez elles, les rebelles tirant pour couvrir leurs forfaits. Ainsi ont été pillés les hôtels Ermitage, Matchaix et Monhessea. L'hôtel en construction du politicien Séa Honoré, pourtant proche de Ouattara, a été pillé à partir du jeudi. Il en fut de même pour tous les domiciles des FDS (qui ont quitté la ville) et de tous les cadres proches de Gbagbo. Au cours des combats, des véhicules appartenant au riche commerçant DEMBA, d'origine malienne ont été brûlés. Au moins 7 gros camions, communément appélés remorques et servant au transport de cacao. Dans des circonstances non encore élucidés, l'imam Konaté, connu pour ses efforts de paix et de rassemblement et proche des cadres LMP de la région et du ministre Issa Coulibaly Malick, ex-DNC de Gbagbo, a été tué à son domicile.
Dans la nuit du mardi 29 au mercredi 30 mars 2011, les rebelles ont bouclé le carré du quartier CARREFOUR. Il a suffit pour cela de se positionner tout le long de l'axe DUEKOUE-ISSIA (Au Sud) et d'occuper de la même façon le Nord du Quartier. les zones EST et Ouest étant marécageuses, donc peu propices à la fuite, quelques rebelles suffisaient à empêcher toute sortie du quartier. Le reste de la troupe pouvait donc investir le quartier et se livrer à l'exécution de tout mâle ne parlant pas malinké. Les We, autochones de DUEKOUE ont donc été systématiquement massacrés, au seul motif de leur appartenance ethnique. Le CICR parle de 867 morts. Mais les disparus, les tués en brousse portent ce nombre à au moins 1200 personnes. L'objectif est de modifier le rapport démographique et électoral en faveur du RDR, dans cette région stratégique et riche, mais où les conflits fonciers sont un grand souci pour les autorités politiques.

Il convient de signaler que, devant l'ampleur des massacres et l'émoi créé, l'ONUCI s'est vue obligée de désarmer le samedi 2 avril 2011, à 15H, les rebelles postés au corridor de Guitrozon. "Pourquoi, tuez-vous tant de personnes?" s'est exclamé l'oficier marocain de l'ONUCI. A Petit-Duekoué, le même samedi vers 14H, deux rebelles qui avaient abattu sommairement des villageois ont été abattus, après sommation, par l'ONUCI.


Obama et Sarkozy recolonisent le Tiers-Monde


mardi 5 avril 2011 par la rédaction de Montray Kreyol, le site de Raphaël Confiant

La veille du jour où Barack Obama annonçait qu’il était à nouveau candidat à la présidence des Etats-Unis, il signait un décret autorisant l’envoi d’agents de la CIA en Libye afin d’aider les rebelles anti-Kadhafi. Cette soi-disant « aide » ne trompe que les gogos : il s’agit, en réalité, de troupes spéciales exactement comme en Afghanistan, de commandos de Marines super-entraînés et doté d’un armement dernier cri. Or, aucun mandat de l’Onu n’a autorisé Obama à faire pareille chose ! Pire : l’Union Africaine a demandé l’arrêt des bombardements occidentaux et l’organisation d’une table-ronde entre kadhafistes et rebelles. Mais Obama, dont le père était pourtant kenyan, se contrefout de l’Union Africaine, et, main dans la main avec Sarkozy, a entrepris ce qu’il faut bien appeler une véritable recolonisation du Tiers-Monde. Car, après la Libye, c’est au tour de la Côte d’Ivoire et de Laurent Gbagbo d’être l’objet d’une agression militaire d’une violence inouïe au motif fallacieux de « protéger les populations civiles ».

Il ne restent plus aux opposants à Hugo Chavez au Venezuela et à Evo Morales en Bolivie qu’à prendre les armes, à commencer une insurrection et à appeler l’Occident à son secours pour que l’Amérique du Sud soit en proie, elle aussi, à la guerre. Dans cette stratégie de recolonisation, il faut bien comprendre que les Etats-Unis avancent semi-masqués, mettant en avant, en première ligne leur marionnette française. Le seul nom de l’opération-bombardement de la Libye en est la preuve irréfutable : « Aube de l’Odyssée ». Nom étrange en français, expression parfaitement incongrue dans la langue de Molière qui n’est en fait que la traduction mot à mot de « Dawn of the Odyssey », expression anglo-saxonne. Autant elle sonne bien en anglais avec le redoublement du « d » (« dawn » et « odyssey »), autant elle heurte l’oreille d’un francophone. C’est la preuve par neuf que même si Sarko joue au matamore avec ses avions Rafale invendables, l’opération-Libye a été pensée, conçue et décidée par les Etats-Unis et le haut commandement militaire étasunien. Jamais un francophone n’aurait créé une expression aussi bancale qu’ « Aube de l’Odyssée » ! Mais n’est-il pas vrai que Sarko s’est toujours déclaré « Américain » ?

Obama a fini par révéler son vrai visage : l’impérialiste « à visage humain », comme on l’a surnommé, est un impérialiste tout court. Exactement comme Reagan et Bush. Et ceux qui à Saint-Anne (Martinique) avaient organisé un « vidé » au soir de son élection, poussant la population à défiler avec des drapeaux yankees et des drapeaux martiniquais (rouge-vert-noir), prostituant ainsi ces derniers, en sont aujourd’hui pour leurs frais. C’est la déroute totale des noiristes, négristes et autres mélano-centristes.

Le Tiers-monde est en train d’être recolonisé. Frantz Fanon, au secours !

Côte d’Ivoire/bombardements : Au moins 2307 civils tués

Publié le 5 avril 2011 par Directscoop.net, agence de presse panafricaine


Abidjan sous les bombes de l'ONU et de l'armée française, 4 avril 2011



ABIDJAN – Au moins 2307 civils tués et des milliers autres blessés, lundi, par les bombardements aériens des forces françaises et de l’Onuci selon un bilan provisoire communiqué par une source militaire à Directscoop.




Selon cette source, de nombreux objectifs non militaires ont été pris pour cibles par « les feux des hélicoptères français ». « L’hôpital de Koumassi (à proximité du camp commando, ndlr), le CHU de Yopougon, précisement la résidence des internes, l’hôpital militaire d’Abidjan (HMA), la résidence du Chef de l’Etat et la présidence, où s’étaient massées des miliers de personnes ainsi que la Rti », a précisé la source militaire avant d’indiquer que le bilan pourrait s’alourdir.
La France est entrée en guerre contre la Côte d’Ivoire après que le président français Nicolas Sarkozy eut autorisé, lundi, le bombardement de plusieurs cibles, prétextant de stopper les actions du Président ivoirien Laurent Gbagbo contre les civils.
Plusieurs camps militaires ont essuyé les tirs des forces étrangères. « Les deux camps d’Akouédo, le camp d’Agban, le camp BAE (brigade anti émeute, ndlr) et la base navale de Locodjro » a t-elle affirmé en ajoutant que ces sites militaires sont toujours contrôlés par l’armée ivoirienne.
Ces attaques de l’armée française visent à faciliter la prise du pouvoir par l’opposant Alassane Ouattara, pourtant candidat malheureux au second tour de l’élection présidentielle de novembre 2010, selon les lois ivoiriennes. Les soldats français sont entrés directement en action, après l’échec des rebelles pro-Ouattara à prendre, vendredi, le Palais présidentiel, la résidence du Président, la télévision nationale ; un revers militaire qui les a forcé  à l’abandon du Golf hôtel, leur Quartier général.
Un contentieux post-électoral oppose le Président Laurent Gbagbo, déclaré élu par le Conseil Constitutionnel, plus haute juridiction chargée de donner les résultats définitifs en Côte d’Ivoire, à l’opposant Alassane Ouattara, candidat malheureux à cette élection, mais reconnu vainqueur par le chef de l’opération des nations unies en Côte d’Ivoire.
La dernière résolution de l’ONU sur la Côte d’Ivoire (1975), votée le 30 mars à l’initiative de la France, a demandé « à toutes les parties d’œuvrer à la solution politique d’ensemble de l’Union Africaine (UA) » et s’est félicitée de la décision prise (…) de nommer un haut représentant chargé de la mise en œuvre de la solution politique d’ensemble » par des voies pacifiques.
Cette résolution a engagé par ailleurs « toutes les parties à coopérer pleinement » avec ce haut représentant. Alassane Ouattara, proche de Nicolas Sarkozy, a récusé ce haut représentant déjà désigné puis, déclenché les hostilités militaires en ouvrant des fronts à l’ouest, au centre et à l’est du pays avant d’engager la « bataille d’Abidjan » avec l’appui de l’onuci et de la force française Licorne contre l’armée ivoirienne et le Président Laurent Gbagbo.

lundi 4 avril 2011

Abidjan sous les bombes, la démocratie à coups de roquettes (merci l'armée française, merci l'ONU)

Le chant des oiseaux... Les bombes des "démocrates"...

Abidjan, 4 avril 2011, l'histoire retiendra...

La citation de la semaine



"Le colonialisme et ses dérivés ne constituent pas à vrai dire les ennemis actuels de l'Afrique. À brève échéance ce continent sera libéré. Pour ma part plus je pénètre les cultures et les cercles politiques plus la certitude s'impose à moi que le grand danger qui menace l'Afrique est l'absence d'idéologie. (...)
Depuis près de trois ans j'essaie de faire sortir la fumeuse idée d'Unité Africaine des marasmes subjectivistes voire carrément fantasmatiques de la majorité de ses supporters. L'Unité Africaine est un principe à partir duquel on se propose de réaliser les Etats-Unis d'Afrique sans passer par la phase nationale chauvine bourgeoise avec son cortège de guerres et de deuils."
Cette Afrique à venir, Journal de bord de mission en Afrique occidentale, été 1960

samedi 2 avril 2011

Actes du Mémorial International Frantz Fanon, 1982

Peu d'hommes du siècle auront, au cours d'une vie aussi brève, davantage marqué leur temps. Du moins dans cette moitié du ciel et de ce côté-ci du monde : celui du " tiers exclu ". Puisqu'il léguait aux " damnés de la terre " une richesse inouïe de savoirs et d'actions. Aux multitudes tricontinentales jusqu'alors impensées, d'Asie, d'Afrique et d'Amérique, il laissait en partage une théorie d'ensemble. Leurs révoltes obscures gagnaient une logique formelle, leurs raisons pratiques préjugées hors du sens s'élevaient à la claire intelligence d'une raison théorique. Mais, par-delà ses destinataires immédiats, transcendant la différence des conditions et des états, les antinomies raciales et sociologiques, les stratégies fatales des psychologies et des structures, son message s'adressait à tous les hommes de bonne volonté épris de justice et d'équité. 1961, 1981. Vingt ans après sa mort, l'heure du bilan n'était-elle pas venue ? Le Mémorial international Frantz Fanon qui se tint à Fort-de-France du 31 mars au 1er avril 1982 eut pour fin d'introduire à cette question. Venus de la Caraïbe, des Etats-Unis, d'Europe, d'Afrique et du Japon, les analystes s'appliquèrent à mesurer leur champ problématique : psychiatrie, psychanalyse, philosophie, sociologie, littérature, politique. " Présence et situation de Frantz Fanon ", tel est le thème commun aux diverses contributions réunies dans le présent volume. Elles sont disparates. Mais à tout prendre la difficulté d'ajuster le discours interprétatif à son objet pourrait-elle, ici, étonner ? Frantz Fanon : auteur subversif, penseur d'avenir.

Ed. Présence Africaine, mars 1984 - Coordoné par Roger Toumson

vendredi 1 avril 2011

Les vraies raisons de la guerre en Lybie, par Jean-Paul Pougala (et ce n'est pas un poisson d'avril...)




A - Les vraies raisons de la guerre en Lybie

1-Premier satellite Africain RASCOM 1

C’est la Libye de Kadhafi qui offre à toute l’Afrique sa première vraie révolution des temps modernes : assurer la couverture universelle du continent pour la téléphonie, la télévision, la radiodiffusion et de multiples autres applications telles que la télémédecine et l’enseignement à distance ; pour la première fois, une connexion à bas coût devient disponible sur tout le continent, jusque dans les zones rurales grâce au système par pont radio WMAX.
L’histoire démarre en 1992 lorsque 45 pays africains créent la société RASCOM pour disposer d’un satellite africain et faire chuter les coûts de communication sur le continent. Téléphoner de et vers l’Afrique est alors le tarif le plus cher au monde, parce qu’il y avait un impôt de 500 millions de dollars que l’Europe encaissait par an sur les conversations téléphoniques même à l’intérieur du même pays africain, pour le transit des voix sur les satellites européens comme Intelsat. Un satellite africain coûtait juste 400 millions de dollars payable une seule fois et ne plus payer les 500 millions de location par an. Quel banquier ne financerait pas un tel projet ? Mais l’équation la plus difficile à résoudre était : comment l’esclave peut-il s’affranchir de l’exploitation servile de son maître en sollicitant l’aide de ce dernier pour y parvenir ? Ainsi, la Banque Mondiale , le FMI, les USA, l’Union Européenne ont fait miroiter inutilement ces pays pendant 14 ans.
C’est en 2006 que Kadhafi met fin au supplice de l’inutile mendicité aux prétendus bienfaiteurs occidentaux pratiquant des prêts à un taux usuraire ; le guide Libyen a ainsi mis sur la table 300 millions de dollars, La Banque Africaine de Développement a mis 50 millions, la Banque Ouest Africaine de Développement, 27 millions et c’est ainsi que l’Afrique a depuis le 26 décembre 2007 le tout premier satellite de communication de son histoire. Dans la foulée, la Chine et la Russie s’y sont mises, cette fois en cédant leur technologie et ont permis le lancement de nouveaux satellites, Sud-Africain, Nigérian, Angolais, Algérien et même un deuxième satellite africain est lancé en juillet 2010. Et on attend pour 2020, le tout premier satellite technologiquement 100% africain et construit sur le sol africain, notamment en Algérie. Ce satellite est prévu pour concurrencer les meilleurs du monde, mais à un coût 10 fois inférieur, un vrai défi.
Voilà comment un simple geste symbolique de 300 petits millions peut changer la vie de tout un continent. La Libye de Kadhafi a fait perdre à l’Occident, pas seulement 500 millions de dollars par an mais les milliards de dollars de dettes et d’intérêts que cette même dette permettait de générer à l’infini et de façon exponentielle, contribuant ainsi à entretenir le système occulte pour dépouiller l’Afrique.

2. Fond Monétaire Africain, Banque Centrale Africaine, Banque Africaine des Investissements

Les 30 milliards de dollars saisis par M. Obama appartiennent à la Banque Centrale Libyenne et prévu pour la contribution libyenne à la finalisation de la fédération africaine à travers 3 projets phare :
  • la Banque Africaine d’Investissement à Syrte en Libye,
  • la création dès ce 2011 du Fond Monétaire Africain avec un capital de 42 milliards de dollars avec Yaoundé pour siège,
  • la Banque Centrale Africaine avec le siège à Abuja au Nigeria dont la première émission de la monnaie africaine signera la fin du Franc CFA grâce auquel Paris a la main mise sur certains pays africains depuis 50 ans.


On comprend dès lors et encore une fois la rage de Paris contre Kadhafi. Le Fond Monétaire Africain doit remplacer en tout et pour tout les activités sur le sol africain du Fond Monétaire International qui avec seulement 25 milliards de dollars de capital a pu mettre à genoux tout un continent avec des privatisations discutables, comme le fait d’obliger les pays africains à passer d’un monopole publique vers un monopole privé. Ce sont les mêmes pays occidentaux qui ont frappés à la porte pour être eux aussi membres du Fond Monétaire africain et c’est à l’unanimité que le 16-17 décembre 2010 à Yaoundé les Africains ont repoussé cette convoitise, instituant que seuls les pays africains seront membres de ce FMA.
Il est donc évident qu’après la Libye la coalition occidentale déclarera sa prochaine guerre à l’Algérie, parce qu’en plus des ses ressources énergétiques énormes, ce pays a une réserve monétaire de 150 milliards d’Euros. Ce qui devient la convoitise de tous les pays qui bombardent la Libye et qui ont tous quelque chose en commun, ils sont tous financièrement en quasi faillite, les USA à eux seuls ont 14.000 Milliards de dollars de dettes, La France, la Grande Bretagne et l’Italie ont chacun environ 2.000 milliards de dettes publiques alors que les 46 pays d’Afrique Noire ont au total moins de 400 milliards de dollars de dettes publiques. Créer des fausses guerres en Afrique dans l’espoir de trouver de l’oxygène pour continuer leur apnée économique qui ne fait que s’empirer ne fera qu’enfoncer les Occidentaux dans leur déclin qui a pris son envol en 1884, lors de la fameuse Conférence de Berlin. Car comme l’avait prédit l’économiste Américain Adams Smith en 1865, dans son soutient à Abraham Lincoln pour l’abolition de l’esclavage, « l’économie de tout pays qui pratique l’esclavage des noirs est en train d’amorcer une descente vers l’enfer qui sera rude le jour où les autres nations vont se réveiller » 

3- Unions régionales comme frein à la création des Etats Unis d’Afrique

Pour déstabiliser et détruire l’union Africaine qui va dangereusement (pour l’Occident) vers les Etats-Unis d’Afrique avec la main de maître de Kadhafi, l’Union Européenne a d’abord tenté sans y parvenir la carte de la création de l’UPM (Union Pour la Méditerranée) Il fallait à tout prix couper l’Afrique du Nord du reste de l’Afrique en mettant en avant les mêmes thèses racistes du 18-19ème siècle selon lesquelles les populations africaines d’origine Arabes seraient plus évoluées, plus civilisées que le reste du continent. Cela a échoué parce que Kadhafi a refusé d’y aller. Il a compris très vite le jeu à partir du moment où on parlait de la Méditerranée en associant quelques pays africains sans en informer l’Union Africaine, mais en y invitant tous les 27 pays de l’Union Européenne.
L’UPM sans le principal moteur de la fédération africaine était foirée avant même de commencer, un mort-né avec Sarkozy comme Président et Mubarack, le vice-président. Ce que Alain Juppé tente de relancer, tout en misant sur la chute de Kadhafi, bien sur. Ce que les dirigeants Africains ne comprennent pas est que tant que ce sera l’Union Européennes à financer l’Union Africaine, on sera toujours au point de départ, car dans ces conditions, il n’y aura pas d’effective indépendance. C’est dans le même sens que l’Union Européenne a encouragé et financé les regroupements régionaux en Afrique. Il était évident que la CEDEAO qui a une Ambassade à Bruxelles et qui tire l’essentiel de son financement de l’UE, est un obstacle majeur contre la fédération africaine. C’est ce que Lincoln avait combattu dans la guerre de sécession aux Etats-Unis, parce qu’à partir du moment où un groupe de pays se retrouvent autour d’une organisation politique régionale, cela ne peut que fragiliser l’organe central. C’est ce que l’Europe voulait et c’est ce que les Africains n’ont pas compris en créant coup sur coup, la COMESA, l’UDEAC, la SADC et le Grand Maghreb qui n’a jamais fonctionné encore une fois grâce à Kadhafi qui lui l’avait très bien compris.


4-Kadhafi, l’Africain qui a permis de laver l’humiliation de l’Apartheid

Kadhafi est dans le coeur de presque tous les Africains comme un homme très généreux et humaniste pour son soutien désintéressé a la bataille contre le régime raciste d’Afrique du Sud. Si Kadhafi avait été un homme égoïste, rien ne l’obligeait à attirer sur lui les foudres des occidentaux pour soutenir financièrement et militairement l’ANC dans sa bataille contre l’apartheid. C’est pour cela que à peine libéré de ses 27 ans de prisons, Mandela décide d’aller rompre l’embargo des Nations Unis contre la Libye le 23 Octobre 1997. A cause de cet embargo même aérien, depuis 5 longues années aucun avion ne pouvait atterrir en Libye. Pour y arriver, Il fallait prendre un avion pour la Tunisie ; arriver à Djerba et continuer en voiture pendant 5 heures pour Ben Gardane, passer la frontière et remonter en 3 heures de route par le désert jusqu’à Tripoli. Ou alors, passer par Malte et faire la traversée de nuit, sur des bateaux mal entretenus jusqu’à la côte libyenne.
Un calvaire pour tout un peuple, juste pour punir un seul homme. Mandela décida de rompre cette injustice et répondant a l’ex Président Américain Bill Clinton, qui avait jugé cette visite « malvenue », il s’insurgea : « Aucun Etat ne peut s’arroger le rôle de gendarme du monde, et aucun Etat ne peut dicter aux autres ce qu’ils doivent faire ». il ajouta : « ceux-là qui hier étaient les amis de nos ennemis, ont aujourd’hui le toupet de me proposer de ne pas visiter mon frère Kadhafi, ils nous conseillent d’être ingrats et d’oublier nos amis d’hier ». En effet, pour l’Occident, les racistes d’Afrique du Sud étaient leurs frères qu’il fallait protéger. C’est pour cela que tous les membres de l’Anc étaient considérés des dangereux terroristes, y compris Nelson Mandela. Il faudra attendre le 2 Juillet 2008, pour que le Congrès Américain vote une loi pour rayer le nom de Nelson Mandela et de ses camarades de l’ANC de cette liste noire, pas parce qu’ils ont compris la bêtise d’une telle liste, mais parce qu’on voulait faire un geste pour les 90 ans de Nelson Mandela. Si les Occidentaux sont aujourd’hui repentis de leur soutient d’hier aux ennemis de Mandela et sont vraiment sincères lorsqu’on lui donnent des noms de rue et de places, comment continuer à faire la guerre à celui qui a permis la victoire de Mandela et son peuple, Kadhafi ?


B- Ceux qui veulent exporter la démocratie sont ils des démocrates ?

Et si la Libye de Kadhafi était plus démocratique que les USA, la France, la Grande Bretagne et tous ceux qui font la guerre pour exporter la démocratie en Libye ? Le 19 Mars 2003, le Président Georges Bush lance les bombes sur la tête des Iraquiens avec le prétexte d’y exporter la démocratie. Le 19 Mars 2011, c’est-à-dire 8 ans plus tard et jour pour jour, c’est le Président Français qui lance ses bombes sur la tête des Libyens avec le même prétexte de leur offrir la démocratie. Monsieur Obama , Prix Nobel de la Paix 2009 et président des Etat Unis d’Amérique, pour justifier qu’il procède à un déferlement de missiles Cruise de ses sous-marins sur la tête des Libyens a dit que c’était pour chasser le dictateur Kadhafi du pouvoir et y instaurer la démocratie.
La question que tout être humain doté de la moindre capacité intellectuelle de jugement et d’appréciation ne peut s’empêcher de se poser est : ces pays comme la France, l’Angleterre, les USA, l’Italie, la Norvège, le Danemark, la Pologne dont la légitimité pour aller bombarder les Libyens se base sur le seul fait de s’être autoproclamés « pays démocratiques » sont-ils réellement démocratiques ? Si oui, sont-ils plus démocratiques que la Libye de Kadhafi ? La réponse, sans équivoque est NON, pour la simple et bonne raison que la démocratie n’existe pas. Ce n’est pas moi qui l’affirme, mais celui-là même dont la ville natale, Genève abrite l’essentiel du commandement des Nations Unies. Il s’agit bien entendu de Jean-Jacques Rousseau né à Genève en 1712 qui affirme dans le chapitre IV du Livre III de son très célèbre « Contrat Social » que : « il n’a jamais existé de véritable démocratie, et il n’en existera jamais ». Pour qu’un état soit véritablement démocratique Rousseau pose 4 conditions selon lesquelles la Libye de Kadhafi est même de loin plus démocratique que les Etats-Unis d’Amérique, la France et tous les autres qui prétendent lui exporter la démocratie à savoir :
1- Dimension de l’Etat : plus un état est grand, moins il peut être démocratique, pour Rousseau l’Etat doit être très petit pour que le peuple soit facile à rassembler et que chaque citoyen puisse aisément connaître tous les autres. Avant donc de faire voter les gens, il faut s’assurer que chacun connaisse tous les autres sans quoi voter pour voter est un acte dénué de tout fondement démocratique, c’est un simulacre de démocratie pour élire un dictateur. La structure de l’organisation de l’Etat Libyen se fonde sur une base tribale qui regroupe par définition le peuple en de petites entités. Le sentiment démocratique est plus présent dans une tribu, dans un village que dans une grande Nation, parce que le fait que tout le monde se connaisse et que la vie tourne autour des mêmes points communs apporte une sorte d’autorégulation, d’autocensure même pour peser à chaque instant, la réaction ou la contre-réaction des autres membres pour ou contre les opinions qu’on peut avoir. Sous cet angle, c’est la Lybie qui répond le mieux aux exigences de Rousseau, ce qu’on ne peut pas dire de même pour les Etats-Unis d’Amérique, la France ou la Grande Bretagne , des sociétés fortement urbanisées où la majorité des voisins ne se disent même pas bonjour et donc ne se connaissent pas, même vivant cote-à-cote pendant 20 ans. Dans ces pays, on est passé directement à l’étape suivante : « le vote » qu’on a malignement sanctifié afin de faire oublier que ce vote est inutile à partir du moment où je m’exprime sur l’avenir d’une nation sans en connaitre ses membres. On est ainsi arrivé jusqu’à la bêtise du vote des citoyens vivant à l’étranger. Se connaitre et se parler est la condition essentielle de la communication pour le débat démocratique qui précède toute élection.
2- Il faut la simplicité des mœurs et des comportements pour éviter que l’on passe l’essentiel du temps à parler de justice, de tribunal pour trouver des solutions aux multitudes querelles d’intérêts divers qu’une société trop complexe fait naitre naturellement. Les Occidentaux se dé finissement comme des pays civilisés, donc aux mœurs complexes et la Libye comme pays dit primitif, c’est-à-dire aux moeurs simples. Sous cet angle, encore une fois, c’est la Libye qui répondrait mieux aux critères démocratiques de Rousseau que tous ceux qui prétendent lui donner des leçons de démocratie. Dans une société complexe, les trop nombreux conflits sont résolus par la loi du plus fort, puisque celui qui est riche évite la prison parce qu’il peut se permettre un meilleur avocat et surtout, orienter l’appareil répressif de l’état contre celui qui vole une banane dans un supermarché, plutôt que le délinquant financier qui fait crouler une banque. Dans une ville comme New York où 75% de la population est blanche, 80% des postes de cadres sont occupés par des Blancs et ils ne sont que 20% des personnes en prison.
3- L’égalité dans les rangs et dans les fortunes. Il suffit de voir le classement FORBES 2010 pour voir quels sont les noms des personnes les plus riches de chacun des pays qui jette la bombe sur la tête des Libyens et voir la différence avec le salaire le plus bas dans chacun des pays et faire de même pour la Libye pour comprendre qu’en matière de redistribution de la richesse du pays, c’est à la Libye d’exporter son savoir faire à ceux qui la combattent et non le contraire. Même sous cet angle, selon Rousseau, la Libye serait plus démocratique que ceux qui veulent pompeusement lui exporter la prétendue démocratie. Aux Etats-Unis 5% de la population possèdent 60% de la richesse nationale. C’est le pays le plus déséquilibré, le plus inégal du monde.
4- PAS DE LUXE. Pour Rousseau pour qu’il y ait la démocratie dans un pays, il ne faut pas qu’il y ait de luxe parce que selon lui, le luxe rend nécessaire la richesse et cette dernière devient la vertu, l’objectif à atteindre à tout prix et non le bonheur du peuple, « le luxe corrompt à la fois le riche et le pauvre, l’un par la possession, l’autre par la convoitise ; il vend la patrie à la mollesse, à la vanité ; il ôte à l’Etat tous ses citoyens pour les asservir les uns aux autres, et tous à l’opinion ». Ya-t-il plus de luxe en France ou en Libye ? Ce rapport d’asservissement des employés qui sont poussés jusqu’au suicide les employés mêmes des entreprises publiques ou semi-publique, pour des raisons de rentabilité et donc de possession de luxe d’une des parties est-il plus criant en Libye ou en Occident ?
Le sociologue Américain C. Wright Mills a décrit en 1956 la démocratie américaine comme « la dictature des élites ». Selon Mills, les Etats-Unis d’Amérique ne sont pas une démocratie parce qu’en définitive, c’est l’argent qui y parle dans les élections et non le peuple. Le résultat de chaque élection y est l’expression de la voix de l’argent et non la voix du peuple. Après Bush-père et Bush-fils, pour les primaires républicaines de 2012, on parle déjà de Bush-benjamin. En plus, si le pouvoir politique se base sur la bureaucratie, Max Weber fait remarquer qu’il y a 43 millions de fonctionnaires et militaires aux Etats-Unis qui commandent effectivement le pays, mais qui n’ont été votés par personne et qui ne répondent pas directement au peuple de leurs activités. Une seule personne (un riche) est donc votée mais le vrai pouvoir sur le terrain est tenue par une seule caste de riches qui ne résulte purement et simplement que de nominations comme les ambassadeurs, les généraux de l’armée etc...
Combien de personnes dans les pays autoproclamés « démocratiques »savent qu’au Pérou la constitution interdit un deuxième mandat consécutif au président de la république sortant ? Combien de personnes savent qu’au Guatemala, non seulement le président sortant ne doit plus jamais se présenter comme candidat à cette fonction, mais qu’en plus à aucun degré de parenté, aucun membre de sa famille ne pourra plus prétendre à cette fonction ? Combien savent que le Rwanda est le pays qui intègre politiquement le mieux les femmes au monde avec 49% de parlementaires femmes ? Combien savent que dans le classement de la CIA 2007, sur 10 pays les mieux gérés au monde, 4 sont Africains ? Avec la palme d’or à la Guinée équatoriale dont la dette publique ne représente que 1,14% de son PIB.

La guerre civile, les révoltes, les rebellions sont les ingrédients d’un début de démocratie soutient Rousseau. Parce que la démocratie n’est pas une fin, mais un processus permanent pour réaffirmer les droits naturels des humains que dans tous les pays du monde (sans exception) une poignée d’hommes et de femmes, confisquant le pouvoir du peuple, l’oriente pour se maintenir aux affaires. On trouve ici et là des formes de castes qui usurpent le mot « démocratie » qui doit être cet idéal vers lequel tendre et non un label à s’approprier ou un refrain à vanter parce qu’on est juste capable de crier plus fort que les autres. Si un pays est calme comme la France ou les Etats-Unis, c’est-à-dire sans aucune révolte, pour Rousseau cela veut tout simplement dire que le système dictatorial est suffisamment répressif pour empêcher toute tentative de rébellion. Si les Libyens se révoltent, ce n’est pas une mauvaise chose. C’est prétendre que les peuples acceptent stoïquement le système qui les opprime partout dans le monde sans réagir qui est très mauvais. Et Rousseau de conclure : « Malo periculosam libertatem quam quietum servitium -traduction : S’il y avait un peuple de dieux, il se gouvernerait démocratiquement. Un gouvernement si parfait ne convient pas à des hommes ». Dire qu’on tue les Libyens pour leur bien est un leurre.


C- Quelles leçons pour l’Afrique ?

Après 500 ans de relations de dominateur et de dominé avec l’Occident, il est dès lors prouvé que nous n’avons pas les mêmes critères pour définir le bon et le méchant. Nous avons des intérêts profondément divergents. Comment ne pas déplorer le Oui de 3 pays africains au sud du Sahara, Nigeria, Afrique du Sud et Gabon pour la résolution 1973 inaugurant la nouvelle forme de colonisation baptisée « protection des peuples », validant la théorie raciste que les Européens véhiculent depuis le 18ème siècle selon laquelle l’Afrique du Nord n’a rien à partager avec l’Afrique Subsaharienne, l’Afrique du nord serait ainsi plus évoluée, plus cultivée et plus civilisée que le reste de l’Afrique. Tout se passe comme si la Tunisie, l’Egypte, la Libye, l’Algérie ne faisaient pas partie de l’Afrique. Même les Nations Unies semblent ignorer la légitimité de l’Union Africaine sur ses états membres. L’objectif est d’isoler les pays d’Afrique subsaharienne afin de mieux les fragiliser et les tenir sous contrôle. En effet, dans le capital du nouveau Fond Monétaire Africain (FMA), l’Algérie avec 16 milliards de dollars et la Libye avec 10 milliards de dollars contribuent à eux tous seuls pour près de 62% du capital qui est de 42 milliards de Dollars. Le premier pays d’Afrique subsaharienne et les plus peuplés, le Nigeria suivi de l’Afrique du Sud arrivent très loin derrière avec 3 milliards de dollars chacun.
C’est très inquiétant de constater que pour la première fois de l’histoire des Nations Unies, on a déclaré la guerre à un peuple sans avoir exploré au préalable la moindre piste pacifique pour solutionner le problème.
L’Afrique a-t-elle encore sa place dans une telle organisation ? Le Nigeria et l’Afrique du Sud sont disposés à voter OUI à tout ce que l’Occident demande, parce qu’ils croient naïvement aux promesses des uns et des autres de leur donner une place de membre permanent au Conseil de Sécurité avec le même droit de veto. Ils oublient tous les deux que la France n’a aucun pouvoir de leur attribuer le moindre poste. Si elle l’avait, il y a belle lurette que Mitterrand l’aurait faite pour l’Allemagne de Helmut Kohl. La reforme des Nations Unies n’est pas à l’ordre du jour. La seule manière de compter, est la méthode chinoise : tous les 50 pays africains doivent quitter les Nations Unies. Et s’ils doivent y retourner un jour, ne le faire que s’ils ont obtenu ce qu’ils demandent depuis longtemps, un poste pour toute la fédération africaine, sinon rien.
Cette méthode de la non-violence est la seule arme de justice dont disposent les pauvres et les faibles que nous sommes. Nous devons tout simplement quitter les Nations Unies, car cette organisation de par sa configuration, de par sa hiérarchie est aux services des plus forts.
Nous devons quitter les Nations Unies afin de marquer notre réprobation de cette conception du monde basée uniquement sur l’écrasement du plus faible. Tout au moins ils seront libres de continuer de le faire, mais pas avec notre signature, pas en rappelant que nous sommes d’accord alors qu’ils savent très bien qu’ils ne nous ont jamais interrogés. Et même quand nous avons donné notre propre point de vue, comme la rencontre de samedi 19/3 à Nouakchott avec la déclaration sur la contrariété à l’action militaire, ceci a été passé tout simplement sous silence pour aller accomplir le forfait de bombarder le peuple africain.
Ce qui arrive aujourd’hui est le scénario déjà vu auparavant avec la Chine. Aujourd ’hui, on reconnaît le gouvernement Ouattara, on reconnaît le gouvernement des insurgés en Libye. C’est ce qui s’est passé à la fin de la deuxième guerre mondiale avec la Chine. La soit disante communauté internationale avait choisi Taiwan comme unique représentant du peuple Chinois en lieu de place de la Chine de Mao. Il faudra attendre 26 ans, c’est-à-dire le 25 octobre 1971 avec la résolution 2758 que tous les Africains devraient lire, pour mettre fin à la bêtise humaine. La Chine est admise, sauf qu’elle a prétendu et obtenue d’être membre permanent avec doit de veto, si non elle n’entre pas. Cette exigence satisfaite et la résolution d’admission entrée en vigueur, il faudra attendre un an pour que le 29 septembre 1972, le Ministre Chinois des Affaires Etrangères donne sa réponse avec une lettre au Secrétaire Général des Nations Unies pas pour dire Oui ou Merci, mais pour faire des mises au point, en garantie de sa dignité et de sa respectabilité.
Qu’est-ce que l’Afrique espère obtenir des Nations Unies sans poser un acte fort pour se faire respecter ? On a vu en Cote d’Ivoire un fonctionnaire des Nations Unies se considérer au dessus d’une institution constitutionnelle de ce pays. Nous sommes entrés dans cette organisation en acceptant d’être des serfs et croire que nous serons invités à table pour manger avec les autres dans les plats que nous avons lavés est tout simplement crédule, pire, stupide. Quand l’UA reconnaît la victoire de Ouattara sans même tenir compte des conclusions contraires de ses propres observateurs envoyés sur le terrain, juste pour faire plaisir à nos anciens maîtres, comment peut-on nous respecter ? Lorsque le président Sud-Africain Zuma déclare que Ouattara n’a pas gagné les élections et change à 180° après un tour à Paris, on peut se demander ce que valent ces dirigeants qui représentent et parlent au nom de 1 milliard d’Africains.
La force et la vraie liberté de l’Afrique viendront de sa capacité à poser des actes réfléchis et en assumer les conséquences. La dignité et la respectabilité ont un prix. Sommes-nous disposés à le payer ? Si non, notre place reste à la cuisine, aux toilettes pour garantir le confort des autres.

Genève le 28/03/2011
Jean-Paul Pougala
(*) Jean-Paul Pougala est un écrivain d’origine camerounaise, directeur de l’Institut d’Etudes Géostratégiques et professeur de sociologie à l’Université de la Diplomatie de Genève en Suisse