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lundi 21 février 2011

La citation de la semaine



"Peut-être partiras-tu, mais dis-moi, quand on te demandera : 'Que se passe-t-il en Algérie ?' Que répondras-tu ?
Quand tes frères te demanderont : qu'est-il arrivé en Algérie ? Que leur répondras-tu ?
Plus précisément quand on voudra comprendre pourquoi tu as quitté ce pays, comment feras-tu pour éteindre cette honte que déjà tu traînes ?
Cette honte de n'avoir pas compris, de n'avoir pas voulu comprendre ce qui autour de toi s'est passé tous les jours."


Lettre à un Français, Pour la Révolution africaine (1964)

mercredi 2 février 2011

Tunisie, Egypte, Maroc, Yemen : La Révolution Arabe est en marche


mardi 1er février 2011 par la rédaction de Montray Kreyol


avec l'aimable autorisation de Raphaël Confiant.

L'effet domino des révolutions arabes...
Image : création de l’Egyptien @ZeinabSamir
Quelle que soit l’issue du soulèvement en Egypte, plus rien ne sera comme avant dans le monde arabe trop longtemps dirigé par des dictateurs et des satrapes. La fuite du président Ben Ali a, en effet, démontré aux masses arabes, qu’elles avaient le pouvoir de « déchouké » ceux qui l’oppriment et l’exploitent depuis des lustres, cela avec la complicité, active ou passive, de l’Occident soi-disant démocratique.

Car, tout un chacun, et d’abord en France, ancienne puissance coloniale de la Tunisie, savait que Ben Ali violait les droits les plus élémentaires de son peuple. Tout le monde savait que la famille Trabelsi, celle de Leila, la femme de Ben Ali, n’était qu’une mafia, une pieuvre, dont l’unique préoccupation était de s’enrichir scandaleusement sur le dos des Tunisiens. Pourtant, tout le monde, de Strauss-Khan à Sarkozy, de Delanoë à Bayrou, portait aux nues le prétendu « miracle économique tunisien » et la détermination du pouvoir tunisien à lutter contre les islamistes. Dans la presse française et occidentale, on ne cessait de vanter la laïcité de ce pays, le fait que les femmes y fussent libres etc…, toutes choses enclenchées par le président Bourguiba et non par celui qui l’avait déposé, son successeur, le triste sire de Ben Ali.

La Tunisie était devenu le Club Méditerranée de l’Europe (comme l’est aussi le Maroc) et personne ne trouvait rien à redire au fait que les journalistes y étaient régulièrement emprisonnés, que les grèves y étaient réprimées dans le sang et que les voyous au pouvoir détournaient les richesses du pays pour les planquer dans des banques suisses.
Ben Ali parti, Moubarak devra suivre. Aujourd’hui ou dans deux mois. Peu importe ! Le peuple égyptien ne se laissera plus faire désormais et dans le reste du monde arabe, les masses, informées grâce à Al-Jazeera, savent qu’une mobilisation déterminée peut faire vaciller les tyrans. D’autant que Moubarak est encore pire que Ben Ali car il s’est montré complice d’Israël dans la domination féroce qu’exerce ce dernier sur le peuple palestinien. Il s’est couché devant les sionistes et ceux-ci tremblent aujourd’hui. Car si demain, le monde arabe se dote de régimes démocratiques, Israël ne pourra plus se draper dans son démocratisme de façade pour empêcher au peuple palestinien d’accéder à la souveraineté. Jour après jour de nouveaux pays reconnaissent l’état palestinien dans les frontières de 1967. Aujourd’hui, c’est le cas du Paraguay. Demain, la totalité des états que compte l’ONU fera la même chose. Ne resteront plus que les Etats-Unis de mister Obama, Israël et les îles Marshall à s’opposer à cette souveraineté.

Moubarak, Hussein, Mohammed VI, Kadhafi et consorts, courrez ! Les peuples arabes sont à vos trousses…

lundi 31 janvier 2011

FANON à Tunis (2/3)

1ère partie : FANON à Tunis (1/3)

De la bourgeoisie nationale à la bourgeoisie kleptomane

Ces colons d’un genre pas tout à fait nouveau, Fanon les avait vus venir, et de loin. En ancien médecin légiste (pratique exercée pendant quelques mois lors de son court passage en Martinique, en 1952) il les dissèque froidement :
« La bourgeoisie nationale qui prend le pouvoir à la fin du régime colonial est une bourgeoisie sous-développée. Sa puissance économique est presque nulle et, en tous cas, sans commune mesure avec celle de la bourgeoisie métropolitaine à laquelle elle entend se substituer. » 
Les Damnés de la Terre (1961), chapitre « Mésaventures de la conscience nationale »
Aujourd’hui, à l’aune de la chute du régime clanique de Ben Ali en Tunisie, les média internationaux font mine de s’étonner de la gabegie soudainement mise au grand jour. Ce système de corruption généralisée n’est pas nouveau, Fanon l’avait décortiqué il y a 50 ans.
« La bourgeoisie nationale des pays sous-développés n’est pas orientée vers la production, l’invention, la construction, le travail. Elle est tout entière canalisée vers des activités de type intermédiaire. Être dans le circuit, dans la combine, telle semble être sa vocation profonde. La bourgeoisie nationale a une psychologie d’hommes d’affaires non de capitaines d’industrie. Et il est bien vrai que la rapacité des colons et le système d’embargo installé par le colonialisme ne lui a guère laissé le choix. » (op. cité)
Le problème central de l’évolution post-indépendance est posé là : sans remise en question profonde et radicale des rouages du système colonial, qui instaure une économie de la « rapine », également décrite par le martiniquais Edouard Glissant (cf. Le Discours Antillais), sans repenser les bases d’une économie fondée sur le système de « l’exclusif colonial » (extraction de matières premières, mono-cultures spéculatives vouées à l’exportation, peu ou pas d’activités de transformation industrielle), il y a peu à espérer du simple remplacement des colons par des natifs. Surtout que ceux-ci sont d'autant plus avides d’enrichissement rapide qu’ils auront longtemps été privés de telles perspectives, pendant l’époque coloniale. Pour démonter le système, il faut en comprendre les rouages. Or, souligne Fanon :
« Cette économie s’est toujours développée en dehors d’eux [les partis nationalistes]. Des ressources actuelles ou potentielles du sol et du sous-sol de leur pays, ils n’ont qu’une connaissance livresque, approximative. » (op. cité)
Cinquante ans après ce constat, difficile de mesurer les évolutions dans ce domaine. Les anciennes colonies sont toujours extrêmement dépendantes d’un système d’échanges international administré d’une main de fer par les anciennes métropoles, sous la coupe des Etats-Unis d’Amérique. Conscientes de leurs limites, les élites au pouvoir vont déployer des stratégies très précises leur permettant de garder le pays sous coupe réglée :
· Règne du Parti unique ;
· Exaltation du leader charismatique, généralement héros de l’Indépendance ;
· Renforcement considérable du rôle de l’armée et de la police ;

lundi 24 janvier 2011

La citation de la semaine

Zine El-Abidine Ben Ali
ex-Président de Tunisie (1987-2011)
en fuite depuis le 14 janvier 2011
"Cela nous amène à envisager le rôle du parti politique dans un pays sous-développé. Nous avons vu dans les pages précédentes que très souvent des esprits simplistes, appartenant d'ailleurs à la bourgeoisie naissante, ne cessent de répéter que dans un pays sous-développé la direction des affaires par un pouvoir fort, voire une dictature, est une nécessité."


Les Damnés de la Terre, chapitre "Mésaventures de la conscience nationale" (1961)

vendredi 21 janvier 2011

Fanon à Tunis (1/3)


« Nulle mort d’homme n’est indispensable au triomphe de la liberté. Il arrive qu’il faille accepter le risque de la mort pour que naisse la liberté, mais ce n’est pas de gaieté de cœur que l’on peut assister à tant de massacres et à tant d’ignominies. Bien que le peuple algérien fasse l’expérience quotidienne des B-26 français, il a été ébranlé par la tragédie de Sakiet Sidi Youssef. »
Frantz Fanon, « Le sang maghrébin ne coulera pas en vain », article publié le 15 février 1958 dans El Moudjahid n°18, repris dans Pour la Révolution africaine.
Cette année, qui marque le 50ème anniversaire de la disparition de l’auteur de ces lignes, s’ouvre sur un coup de tonnerre qu’il n’aurait pas manqué de saluer : après un mois de manifestations, violemment réprimées dans le sang, le peuple tunisien a réussi à faire ployer une dictature qui exerçait son joug implacable depuis 23 ans. Le monde entier découvre, avec une émotion mêlée d’effroi, le calvaire enduré en silence au paradis des vacanciers européens, par un peuple aujourd’hui déterminé à en finir avec la tyrannie. Les média classiques abandonnent à la hâte la posture de censeurs qu’ils avaient complaisamment adoptée depuis plus de 20 ans, au diapason de la presse muselée et propagandiste du régime de Ben Ali. Ils n’ont pas le choix, à vrai dire : le vrai journalisme, aujourd’hui, passe par Internet, et le journaliste traditionnel n’a plus d’autre choix que celui de courir après les milliers de journalistes citoyens qui occupent l’espace sur le web, sous peine d’être (davantage) discrédité.

Décidément, l’Histoire repasse les plats. Il y a 53 ans, déjà, une tragédie avait fait découvrir au monde entier la grandeur du peuple tunisien. Frantz Fanon fut témoin de ces événements là.
Fanon à Tunis, avec Omar Oussedik (au centre), responsable FLN

Après sa démission du poste de médecin-chef de l’hôpital psychiatrique de Blida-Joinville, Fanon réside quelques semaines en France, avant de rejoindre Tunis au printemps 1957. La capitale d’un pays indépendant depuis un an à peine abrite le siège du Front de Libération Nationale (FLN) algérien. La frontière algéro-tunisienne fait office de base arrière de l’Armée de Libération Nationale (ALN). La position de la Tunisie, voisine d’un peuple frère en lutte contre un pays colonisateur qui dispose encore de bases militaires importantes sur le territoire de l’ancien protectorat français, n’est guère confortable, et Bourguiba doit composer avec ces contraintes. Début 1958, une crise majeure éclate : suite à des accrochages incessants entre l’ALN et l’armée française, celle-ci décide, en représailles, de bombarder le village frontalier de Sakiet Sidi Youssef, le 8 février 1958. Le raid aérien, impliquant 25 avions, fera 75 morts et 150 blessés, civils pour la plupart, dont une douzaine d’enfants de l’école primaire du village, remplie d’élèves à l’heure du bombardement. La petite histoire faisant partie de la grande, c’est le général Salan, qui décora le jeune Frantz Fanon pendant la Seconde Guerre Mondiale, et que l’on retrouvera plus tard dans le « quarteron de généraux en déroute » fustigé par le Général De Gaulle, qui ordonne le bombardement. En réaction, Bourguiba expulse les consuls français du pays, porte plainte auprès de l’O.N.U., médiatise l’affaire au niveau international et organise la mobilisation pacifique de la population pour exiger l’évacuation totale de toutes les troupes françaises présentes sur le territoire national. 









vendredi 14 janvier 2011

The 'bin Laden' of marginalisation

The real terror eating away at the Arab world is socio-economic marginalisation

Extract :

"The 'geography of hunger'

In Frantz Fanon's 
The Wretched of the Earth one finds resonance with the misery engulfing Tunisia and Algeria today, where the have-nots, or the mahrumin, and the khobzistes strike back at the state and target its symbols. They fight back and thus "struggle ... and with their shrunken bellies [and humiliated egos] outline of the geography of hunger".

In this geography of hunger and marginalisation, the ruling native becomes the new coloniser. By contrast to the have-nots, the ruling natives and the economic 'mafias' are sheltered not only in mansions and villas, but also within 'a hard shell' that immures them from the "poverty that surrounds" them.

In The Wretched of the Earth one reads about the "poor, underdeveloped countries, where the rule is that the greatest wealth is surrounded by the greatest poverty".
To map out the "geography of hunger" is not complete without marking out the geography of authoritarianism. In both Algeria and Tunisia, the big interests and profiteers supporting Bouteflika and  Ben Ali seem to fulfill Fanon's prophecy about corruption "sooner or later" making leaders "men of straw in the hands of the army ... immobilising and terrorising". It is the security forces and the army that run the show in both countries.

Fanon, the ideologue of the Algerian revolution, is probably turning in his grave at the thought that a country of "one million martyrs" sacrificed for independence is today battling for new freedoms from housing shortages, rising food prices, autocracy and overall marginalisation.

The figures construct on paper stories of growth and stability that are not matched by the reality of marginalisation.

For how long republics of paper and men of straw can withstand the hell-fire of the Algerian and Tunisian eruptions fuelled by marginalisation remains to be seen. What is certain, however, is that the beginnings of a 'Tunisian democratic spring' are in the offing."

Larbi Sadiki is a senior lecturer in Middle East Politics at the University of Exeter, and author of Arab Democratisation: Elections without Democracy (Oxford University Press, 2009) and The Search for Arab Democracy: Discourses and Counter-Discourses (Columbia University Press, 2004), forthcoming Hamas and the Political Process (2011).



Complete article on Aljazeera in english

mercredi 12 janvier 2011

Les Damnés de la Terre, en Algérie, en Tunisie... version 2011

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