mardi 18 janvier 2011

From Fanon to Africa, with love - by Mumia Abu-Jamal


Congo Prime Minister Patrice Lumumba, shown here under arrest in December 1960, wrote in his last letter to his wife before his assassination: “We are not alone. Africa, Asia, and free and liberated people from every corner of the world will always be found at the side of the Congolese. They will not abandon the light until the day comes when there are no more colonizers and their mercenaries in our country. … History will one day have its say, but it will not be the history that Brussels, Paris, Washington or the United Nations will teach … Do not weep for me, my dear companion. I know that my country, which suffers so much, will know how to defend its independence and its liberty. Long live the Congo! Long live Africa!”


December 25, 2008
by Mumia Abu-Jamal

As the economies of the West and East tumble, tremors may also be felt in African economies, as heightened food prices push populations to the breaking point of near starvation. In country after country the struggle for life becomes even harder, and it seems like leaders are more remote than ever.

Whenever I read of economic or ethnic strife in any part of Africa, I’m reminded of Dr. Frantz Fanon, the ethno-psychiatrist born in the Caribbean island of Martinique, who became a revolutionary, working on behalf of the Algerian Revolution, and writer of the masterpiece, “The Wretched of the Earth” (1966).
Fanon’s work was widely read on three continents and is still worthy of study, not least because the insightful thinker predicted how African rulers would rule if they didn’t unite the continent’s various peoples and failed to develop truly independent and socialist governing systems.
Many African post-colonial leaders, trained as they were in Eurocentric schools, sought to replicate such theories in African societies which could only result in disaster. Fanon is cutting when he describes the role of these Eurocentric African leaders who were attempting to recreate little pieces of Europe in their former colonies:
“In underdeveloped countries, we have seen that no true bourgeoisie exists; there is only a sort of little greedy caste, avid and voracious, with the mind of a huckster, only too glad to accept the dividends that the former colonial power hands out to it. This get-rich-quick middle class shows itself incapable of great ideas or of inventiveness. It remembers what it has read in European textbooks and imperceptibly it becomes not even the replica of Europe, but its caricature.”

lundi 17 janvier 2011

La citation de la semaine

Gardons-nous de jamais l'oublier : c'est notre sort à tous qui se joue au Congo. 
"Le grand succès des ennemis de l'Afrique, c'est d'avoir corrompu les Africains eux-mêmes. Il est vrai que ces Africains étaient directement intéressés par le meurtre de Lumumba. Chefs de gouvernements fantoches, au sein d'une indépendance fantoche, confrontés jour après jour à une opposition massive de leurs peuples, ils n'ont pas été longs à se convaincre que l'indépendance réelle du Congo les mettrait personnellement en danger. 
Et il y eut d'autres Africains, un peu moins fantoches, mais qui s'effraient dès qu'il est question de désengager l'Afrique de l'Occident. On dirait que ces Chefs d'État africains ont toujours peur de se trouver face à l'Afrique. Ceux-là aussi, moins activement, mais consciemment, ont contribué à la détérioration de la situation au Congo. Petit à petit, on se mettait d'accord en Occident qu'il fallait intervenir au Congo, qu'on ne pouvait laisser les choses évoluer à ce rythme. "
 "La mort de Lumumba : pouvions-nous faire autrement ?" - Afrique Action, n°19, 20 février 1960, repris dans "Pour la Révolution Africaine" (1964) 

dimanche 16 janvier 2011

Algérie -Tunisie : Demain, l’Indépendance : la vraie



par Mahmoud Senadji - publié le vendredi 14 janvier 2011 sur Oumma.com


Comment interpréter les images qui nous arrivent d’Algérie et principalement celles de la jeunesse de Bab El Oued ? Comment en est-on arrivé à transformer une énergie créatrice en force destructrice ? Comment à la place du rêve, de l’amour et de l’espoir, la colère et la rage sont venues habiter le cœur de notre jeunesse ? Aurions- nous pu imaginer un jour, nous les héritiers du passé de nos pères, spoliés de leur histoire, de leur dignité d’homme mais qui ont rêvé dans un soulèvement salvateur de faire de nous des hommes libres, voir notre jeunesse, nos enfants, nos petits frères, nos neveux, poignards et sabres à la main envahir la rue, envahir l’espace médiatique pour finir par envahir nos consciences ? Comment les analphabètes d’hier, les indigènes de l’ère coloniale se sont sacrifiés pour enfanter une génération de lettrés ; laquelle a secrété une génération dont le seul mode d’expression en sa possession est l’émeute.
L’émeute. Le spectacle des adolescents brandissant des poignards et des sabres à Bab-El-oued est un séisme culturel qui nous renvoie à l’image de l’homme préhistorique, à l’homme à l’état sauvage. Ce spectacle en soi est la quintessence de l’émeute et, en tant que telle, il signe et porte le sceau définitif de la faillite totale de l’Algérie. Une faillite dans le sens où l’idée même de la cité est absente, nous sommes devenus l’exemple vivant d’une contre-société en acte.
L’émeute comme unique et seul moyen d’expression politique est fille de la faillite généralisée. L’émeute trouve son explication dans cette faillite (politique, culturelle, éthique, économique, sociétale….). L’émeute est la personnification de cette distance astronomique qui séparent les valeurs sensés régir la société et les institutions qui les incarnent. Aucune institution (administrative, financière, parlementaire, religieuse, présidentielle, gouvernementale, militaire, éducative, parentale) n’est dévouée à sa mission. Quel rapport entre les valeurs théoriques d’une société qui se définit comme révolutionnaire, moderne, musulmane et l’image réelle qu’elle donne ? La réalité est la négation totale de ce qu’elle prétend être.
Elle n’est ni révolutionnaire, ni moderne, ni musulmane. En pratique, l’Algérie du mois de janvier 2011 ne porte aucune de ces valeurs. Que sont devenus les grands idéaux porteurs d’hier : la fraternité, la justice, le courage, la dignité, l’honneur, la liberté, la citoyenneté, le savoir, le développement…. ? Des mots, des mots, ce ne sont que des mots. Ils ont fini par accomplir leur métamorphose radicale dans l’Algérie d’aujourd’hui. Là où l’émeute est le moyen de l’expression politique, la culture dominante est celle de la spoliation, de la brutalité, du mépris et de l’humiliation. Cette culture peut se prévaloir de tous les qualificatifs sauf de celui d’être une culture nationale.
Devant ce spectacle de cette jeunesse brandissant les poignards et les sabres nul ne peut faire l’économie de sa responsabilité. Et les premiers mots à l’adresse de cette jeunesse est de lui demander pardon. Pardon. Nous avons failli. Car nous avons renoncé à exercer effectivement notre citoyenneté. Et nous vous avons livré, en pleine fleur de l’âge, à des dinosaures prédateurs. Cette Algérie de bled rejala (pays des hommes) en est réduite à n’être qu’une jeunesse, laquelle s’est substituée au peuple, parce que celui-ci n’existe plus. Le slogan de la jeunesse Laa Jich ! Laa Chaab (1) ! (Ni Armée, Ni Peuple) est un véritable manifeste politique. Il est en soi programmatique. Puisque le cri du peuple est celui de la vérité et que celui-ci, démissionnaire, a laissé sa place vacante à la jeunesse, le cri de celle-ci est comme une graine qu’elle jette au sol pour nous. A nous de la nourrir et de la cultiver jusqu’à ce qu’elle nous donne des fleurs. Et si nous laissons mourir ce cri, sachons que nous sommes devant un moment historique fondateur. L’émeute porte en soi ou les germes d’une refondation sociale ou l’annonce d’un chaos généralisé. (…)

Lire l'article en entier sur www.oumma.com

samedi 15 janvier 2011

Frantz Fanon : L'importun, par Christiane Chaulet Achour

"Ô mon corps, fais toujours de moi un homme qui interroge !"
Des générations de Martiniquais, de Français, d'Algériens, ne connaissent pas le nom de Frantz Fanon. Pourtant, ce psychiatre, ce résistant, ce révolutionnaire a été leur concitoyen. Christiane Chaulet Achour retrace pour nous le chemin que cet homme, mort à 36 ans, a emprunté dans le contexte de la décolonisation. Sa position sur l'irruption des femmes dans la sphère publique à l'occasion de la lutte d'indépendance de l'Algérie nous paraît exemplaire de sa pensée politique mais aussi philosophique. Plus qu'un acte de mémoire, ce texte est une invitation à découvrir à quel point la pensée dense et fulgurante de Fanon et ses analyses sur la violence et la culture restent actuelles.
Christiane Chaulet Achour, née en 1946 à Alger, est actuellement professeur de littérature comparée à l'université de Cergy-Pontoise, depuis 1997 après avoir enseigné à l'université d'Alger, de 1967 à 1994. Attentive à tout ce qui concerne le féminin dans les productions littéraires et artistiques, elle a publié de nombreuses études littéraires des Antilles au Maghreb.

Frantz Fanon : L'importun, par Christiane Chaulet Achour
2004, 79 p., 5 euros

Éditeur : Chèvre-feuille étoilée - collection : Autres Espaces - ISBN : 2914467230
Critique de l'ouvrage sur le site La Plume francophone

vendredi 14 janvier 2011

The 'bin Laden' of marginalisation

The real terror eating away at the Arab world is socio-economic marginalisation

Extract :

"The 'geography of hunger'

In Frantz Fanon's 
The Wretched of the Earth one finds resonance with the misery engulfing Tunisia and Algeria today, where the have-nots, or the mahrumin, and the khobzistes strike back at the state and target its symbols. They fight back and thus "struggle ... and with their shrunken bellies [and humiliated egos] outline of the geography of hunger".

In this geography of hunger and marginalisation, the ruling native becomes the new coloniser. By contrast to the have-nots, the ruling natives and the economic 'mafias' are sheltered not only in mansions and villas, but also within 'a hard shell' that immures them from the "poverty that surrounds" them.

In The Wretched of the Earth one reads about the "poor, underdeveloped countries, where the rule is that the greatest wealth is surrounded by the greatest poverty".
To map out the "geography of hunger" is not complete without marking out the geography of authoritarianism. In both Algeria and Tunisia, the big interests and profiteers supporting Bouteflika and  Ben Ali seem to fulfill Fanon's prophecy about corruption "sooner or later" making leaders "men of straw in the hands of the army ... immobilising and terrorising". It is the security forces and the army that run the show in both countries.

Fanon, the ideologue of the Algerian revolution, is probably turning in his grave at the thought that a country of "one million martyrs" sacrificed for independence is today battling for new freedoms from housing shortages, rising food prices, autocracy and overall marginalisation.

The figures construct on paper stories of growth and stability that are not matched by the reality of marginalisation.

For how long republics of paper and men of straw can withstand the hell-fire of the Algerian and Tunisian eruptions fuelled by marginalisation remains to be seen. What is certain, however, is that the beginnings of a 'Tunisian democratic spring' are in the offing."

Larbi Sadiki is a senior lecturer in Middle East Politics at the University of Exeter, and author of Arab Democratisation: Elections without Democracy (Oxford University Press, 2009) and The Search for Arab Democracy: Discourses and Counter-Discourses (Columbia University Press, 2004), forthcoming Hamas and the Political Process (2011).



Complete article on Aljazeera in english

jeudi 13 janvier 2011

Un adolescent pendant la guerre

"La France vaincue, l'Antillais, en un sens, assistait au meurtre du père. Cette défaite nationale aurait pu être vécue comme elle le fut dans la métropole, mais une bonne partie de la flotte française resta bloquée aux Antilles pendant les quatre années de l'occupation allemande. Je crois qu'il est nécessaire de saisir l'importance historique de ces quatre années.
Avant 1939, il y avait en Martinique environ deux mille Européens. Ces Européens avaient des fonctions définies, étaient intégrés à la vie sociale, intéressés à l'économie du pays. Or, du jour au lendemain, la seule ville de Fort-de-France fut submergée par près de dix-mille Européens à mentalité raciste certaine mais jusqu'alors latente. Je veux dire que les marins du Béarn ou de l'Émile-Bertin, auparavant, à Fort-de-France pendant huit jours, n'avaient pas le temps de manifester leurs préjugés raciaux. Les quatre années pendant lesquelles ils furent obligés de vivre fermés sur eux-mêmes, inactifs, en proie à l'angoisse quand ils songeaient à leurs parents laissés en France, leur permirent de jeter bas un masque, tout compte fait assez superficiel et de se comporter en "authentiques racistes".
Ajoutons que l'économie antillaise subit un rude coup car il fallut trouver, là encore sans transition, alors qu'aucune importation n'est possible, de quoi nourrir dix mille hommes. De plus, beaucoup de ces marins et militaires purent faire venir leur femme et leurs enfants qu'il fallut loger. La Martinique eut sa crise de logement après sa crise économique. Le Martiniquais tint pour responsables de tout cela ces blancs racistes. L'Antillais, devant ces hommes qui le méprisaient, se mit à douter de ses valeurs. L'Antillais faisait sa première expérience métaphysique."


Frantz Fanon, "Antillais et Africains", publié en février 1955 dans la Revue Esprit (repris dans Pour la Révolution africaine).

mercredi 12 janvier 2011

Les Damnés de la Terre, en Algérie, en Tunisie... version 2011

NB : en raison de la censure exercée sur le web, les liens vers les articles et les vidéos relatifs aux émeutes en cours en Algérie et en Tunisie sont souvent et rapidement désactivés. Nous faisons notre possible pour rétablir la situation.