dimanche 27 février 2011

Frantz Fanon, le retour ? par Philippe Pierre-Charles (Groupe Revolution socialiste) et Olivier Besancenot (NPA)

Un demi-siècle après sa mort, le 6 décembre 1961, Frantz Fanon, l’un des porte-drapeau les plus prestigieux de l’époque, du mouvement révolutionnaire du tiers monde revient – bien trop timidement encore – sur la scène des débats liés au combat contre l’oppression.

On comprend aisément pourquoi la pensée et l’exemple de Fanon avaient, dans les années 1950 et 1960, enflammé les esprits anti colonialistes d’Afrique, des ghettos afro-américains ou de la frange radicalisée des campus étatsuniens ou portoricains, des guérillas d’Amérique du Sud, des rebellions d’Asie... Mais en ce début du xxie siècle, de capitalisme globalisé où les guerres populaires ont laissé la place aux manifestations altermondialistes et au réveil encore hésitant du mouvement ouvrier ici et là dans le monde, comment comprendre le regain d’intérêt pour ce théoricien exalté de la lutte de libération nationale et de la violence révolutionnaire ?
Aux Antilles, nous n’avons réussi que depuis les années 1980 (et pas encore suffisamment), à « restituer Fanon à son peuple ». Nous notons avec un immense intérêt l’écho qu’il rencontre auprès de cercles radicalisés de la jeunesse des banlieues françaises. Nous n’oublions pas que la France officielle a rageusement diabolisé Fanon avant de faire fonctionner l’éteignoir du désintérêt, de l’ignorance, de l’occultation.
Le retour de Fanon (que Daniel Bensaïd a été parmi les premiers militants français à flairer), est un indice aussi bien de son universalisme trop souvent nié par ses détracteurs que de la résonance particulière de ses écrits avec les nouvelles résistances à l’oppression et à l’écrasement de l’homme, à l’ère du post-colonialisme.
Post-colonialisme ? Le Martiniquais aurait pesté contre ce terme, du moins quand il prétend s’appliquer aux dernières colonies de la France, car il traduit à la perfection la manie du colonialisme français à masquer par les « néo » et les « post » le maintien de sa très classique domination coloniale sur ce qu’il appelle l’ « Outre-Mer ». L’une des obsessions de Fanon était précisément de lever les « masques blancs », de percer derrière les formules juridiques et les apparences modernistes les réalités de l’oppression dans son caractère global – expression si chère à Fanon – c’est-à-dire à la fois économique, politique, culturel, psychique.
Frantz Fanon n’a été ni le seul ni le premier à avoir démonté les mécanismes de l’exploitation économique et de l’assujettissement politique des colonies, à avoir analysé l’aliénation culturelle et les traumatismes psychologiques engendrés par ce système d’oppression sur ses victimes. Mais il est peut-être celui qui a scruté avec le plus de rigueur et de la façon la plus systématique les faits, les distorsions, les contradictions liés à l’abomination coloniale. Par ces temps de polémiques furieuses sur la question du voile islamique, par exemple, on gagnerait à relire les pages très dialectiques écrites sur le sujet, il est vrai dans un autre contexte, dans son ouvrage L’an v de la révolution algérienne ; il est peut-être celui qui a relié avec le plus de pertinence et d’insistance les différents niveaux de l’oppression coloniale et souligné le plus radicalement le caractère indispensable de la rébellion du colonisé pas seulement pour reconquérir sa terre, ses richesses naturelles, le pouvoir politique mais aussi et en même temps, dans un même mouvement, son être même dans toute sa réalité psychique et physique.
suite sur www.npa2009.org

samedi 26 février 2011

Rethinking Fanon : The Continuing Dialogue, edited by Nigel Gibson


French West Indian psychoanalyst & social philosopher Frantz Fanon (1925-1961) rejected his French citizenship & became a strong advocate of the Algerian liberation movement in the 1950s. A brilliant scholar who developed the theory that some neuroses are socially generated, Fanon's revolutionary works The Wretched of the Earth, Toward the African Revolution, & Black Skin White Masks founded an African intellectual awakening. The rebirth of Fanonism today in universities & the English speaking world is a testament to his relevance.

Edited by political theorist and African studies professor Nigel C. Gibson, Rethinking Fanon opens with an authoritative biography correcting fallacious assertions about Fanon's life, situating him in Marxism, negritude, Pan-Africanism, and the historical context of postwar decolonization, specifically the Algerian revolution. Section one is highlighted by extended discussions of Marx, Fanon's theories on sophisticated forms of cultural racism, and "true liberation, " as well as his influence on radical movements in the United States and Africa.
Homi Bhabha's "Remembering Fanon" opens section 2, which also contains discussions of the importance of the cultural and literary debates on Fanon by Henry Louis Gates Jr., Edward Said, and Benita Parry. Then Hussein Bulhan's investigation of Fanon's revolutionary psychiatric approaches provides another focal point, as do Bhabha's and Diana Fuss's psychoanalytical discussions of Fanon.
The third section dramatically highlights debates concerning gender and status of women in movements of national liberation and their aftermath. These range from Helie-Lucas's notion of Fanon as one of those who contributed to the "myth of the Algerian woman liberated along with her country" to Sharpley-Whiting'svindication of Fanon as "pro-feminist, " as well as articles by Fuss and Anne McClintock.
The book concludes with essays by Nigel Gibson and Lou Turner that examine new aspects of Fanon's politics and philosophy.
Nigel Gibson is assistant director of the Institute of African Studies at Columbia University.

TABLE OF CONTENTS 
* Frantz Fanon: Portrait of a Revolutionary Intellectual Emmanuel Hansen 
* Rescuing Fanon from the Critics Tony Martin 
* Frantz Fanon, World Revolutionary Lou Turner & John Alan 
* Fanon as a Democratic Theorist Hussein M. Adam 
* Revolutionary Psychiatry of Fanon Hussein A. Bulhan 
* Remembering Fanon Homi Bhabha 
* Travelling Theory Reconsidered Edward W. Said 
* Resistance Theory Benita Parry 
* Critical Fanonism Henry Louis Gates, Jr. 
* Women, Nationalism & Religion in the Algerian Liberation Struggle Marie-Aimee Helie-Lucas 
* Fanon & Gender Agency Anne McClintock 
* Interior Colonies Diana Fuss 
* Fanon's Feminist Consciousness & Algerian Women's Liberation T. Denean Sharpley-Whiting 
* Fanon & the FLN Lou Turner 
* Inside the Structure of the People Nigel C. Gibson


Prometheus Books, Publishers (1999)

vendredi 25 février 2011

Regards Croisés sur Frantz Fanon et Aimé Césaire







Vidéos de la soirée « Regards Croisés sur Aimé Césaire et Frantz Fanon.... »
Pourquoi penser en même temps les oeuvres d’Aimé Césaire et de Frantz Fanon ?

1°/Qu’est-ce qui a fait que ces deux grandes figures, que bien des vicissitudes de leurs jeunesses ont plongé dans les mêmes interrogations, ont élaboré des réponses et produits des actes si différents dans leurs luttes contre le racisme, le colonialisme, contre les dominations et aliénations ?

2°/ Qu’est-ce qui se jouait à l’époque, et qu’est-ce que cela peut encore nous dire pour notre époque, sur les représentations, les tensions entre identité et universalité ?

1ère partie, Introduction par Mustapha Gueye, membre du cercle Frantz Fanon et initiateur de la semaine anticoloniale



jeudi 24 février 2011

Retour sans gloire des engagés volontaires

Marcel Manville raconte les conditions pitoyables dans lesquelles ont été rapatriées les troupes antillaises, qui se sont engagées volontairement pour aller sauver "la Mère Patrie" :

"En 1943, nous avions traversé l'Atlantique dans l'autre sens, sur un paquebot transformé en transport de troupes, au milieu d'une armada de 2 000 bateaux, dont nous avons déjà parlé, transportant les trois millions d'hommes qui allaient débarquer quelque part en Europe pour l'affrontement final. En quinze jours, cependant, nous avions fait le trajet des Bermudes au Maroc.
Deux ans et demi après, l'armée française, oublieuse des combats livrés, n'avait rien trouvé d'autre que ce bateau aux moteurs usés, qui mit trois semaines à nous rapatrier dans des conditions littéralement scandaleuses. Sur le San Matéo, nous étions près de 700 Guadeloupéens, Guyanais et Martiniquais (...)
Nous étions parqués les uns contre les autres dans des shelters insalubres et nauséeux. En guise de nourriture, nous avions droit au corned-beef, les boîtes de singe comme une provocation, et aux biscuits provenant des restes de l'armée française vaincue en 1940. De nombreux soldats d'ailleurs, du fait de cette pitance, furent atteints d'intoxication alimentaire, soignée rapidement parce qu'il aurait été fâcheux que ces rescapés de la mort débarquassent sur des civières du fait de l'incroyable incurie de l'armée, mais il faut aussi le dire, de celle de l'administration coloniale. Cette dernière, en effet, était responsable car on n'aurait pas traité de cette manière les soldats de la 2è DB ou les maquisards du Vercors ou de Bretagne.
Nous étions révoltés ! Nous ne pouvions comprendre à l'époque le comportement de l'armée qui semblait vouloir nous punir pour notre engagement héroïque, stoïque même, puisque nous avons dû subir le froid, non prévu quand nous quittions la baie de Fort-de-France et les rayons du soleil des tropiques seulement inondés ce jour là des larmes de nos familles !  Un tel rapatriement sur ce bateau maudit nous avait remplis de colère et d'exaspération ! Cette épreuve de trois semaines était pourtant un symbole prémonitoire.
Partis dans la clandestinité, nous arrivons à Fort-de-France au lever du jour dans l'indifférence totale des autorités civiles et militaires. Seules les familles des survivants étaient au rendez-vous de la joie. Rendez-vous de la honte pour tous ceux qui avaient oublié et d'abord pour l'armée française qui nous avait abandonnés !"

Marcel Manville, Les Antilles sans fard, L'Harmattan (1992)

mardi 22 février 2011

O pensamento anticolonial de Frantz Fanon e a Guerra de Independência da Argélia



Resumo
Este artigo trata sobre o pensamento anticolonial na África e das conjunturas das quais estas teorias surgem, ou seja, refere-se ao processo de descolonização africana, mais precisamente ao argelino. Ao contrário das teses eurocêntricas que afirmam não haver reflexão interna sobre os problemas africanos, existiram vários pensadores que se dedicaram à análise do seu continente, entre eles Frantz Fanon e Albert Memmi.

Walter Günther Rodrigues Lippold
Graduado em História e Especialista em História do Mundo Afro-Asiático pela FAPA. Esse artigo constitui uma síntese da monografia de especialização, orientada pelo Prof. André Reis da Silva.

Monographia, Porto Alegre, n. 1, 2005
Faculdade Porto-Alegrense, Brasil

lundi 21 février 2011

Prix Frantz Fanon à Stéphane Hessel


Par AFP et Rédaction

L’Ambassadeur et résistant Stéphane Hessel, auteur du best-seller « Indignez-vous », a reçu dimanche le Prix Frantz Fanon récompensant l’action d’un « anticolonialiste exemplaire », à l’occasion d’un « salon anticolonial » organisé à Paris.
Ce prix a été décerné à M. Hessel, 93 ans, un « homme qui a toujours refusé l’indignité (…) et qui incarne une valeur rare: celle de l’éthique de l’engagement », « pour l’ensemble de son oeuvre, de sa vie et de son courage », ont expliqué les organisateurs.
Résistant, ancien ambassadeur, co-rédacteur de la Déclaration universelle des droits de l’homme publiée en 1948, Stéphane Hessel s’est présenté davantage comme « un homme de la génération qui a voulu la décolonisation, qui a participé à la décolonisation » que comme « combattant de l’anticolonialisme ».
Stephane Hessel
« Il reste beaucoup à faire » pour lutter contre « la colonisation, c’est-à-dire l’aliénation des peuples », a ajouté M. Hessel.
« Ce qui se passe ces jours-ci, en Tunisie, en Egypte, partout dans le monde arabe et au Proche-Orient signifie que ma génération va partir mais que la jeune génération va poursuivre notre lutte, nos combats », a-t-il poursuivi sous les applaudissements de la cinquantaine de personnes présentes.
Le succès d’Indignez-vous!, avec « plus d’1,4 million d’exemplaires vendus dans 17 pays », montre selon M. Hessel que « ce souci de ne pas laisser se dégrader des valeurs importantes, nous la partageons avec beaucoup de gens (…), notamment les jeunes qui ont des raisons de s’indigner et qui ont envie de s’indigner ».

Ce « salon », avec stands d’associations, débats et concerts, se tenait samedi et dimanche dans le cadre d’une « semaine anticoloniale », organisée du 18 au 27 février en Ile-de-France à l’initiative de l’association « Sortir du colonialisme » et axée sur les « révoltes dans le monde arabe ».
Stéphane Hessel n’a pas manqué de souligner, lors de la remise du prix par Omar Benderra, représentant de la fondation Frantz-Fanon, la lutte des palestiniens pour la liberté et de préciser que la Palestine est colonisée depuis plus de 60 ans. La présidente de la Fondation, Mireille Fanon – Mendes-France, n’a pu assister à la remise du prix, se trouvant aux Etats-Unis, pour rencontrer le journaliste et militant afro-américain, Mumia Abu-Jamal, condamné à mort.