dimanche 27 février 2011

Frantz Fanon, le retour ? par Philippe Pierre-Charles (Groupe Revolution socialiste) et Olivier Besancenot (NPA)

Un demi-siècle après sa mort, le 6 décembre 1961, Frantz Fanon, l’un des porte-drapeau les plus prestigieux de l’époque, du mouvement révolutionnaire du tiers monde revient – bien trop timidement encore – sur la scène des débats liés au combat contre l’oppression.

On comprend aisément pourquoi la pensée et l’exemple de Fanon avaient, dans les années 1950 et 1960, enflammé les esprits anti colonialistes d’Afrique, des ghettos afro-américains ou de la frange radicalisée des campus étatsuniens ou portoricains, des guérillas d’Amérique du Sud, des rebellions d’Asie... Mais en ce début du xxie siècle, de capitalisme globalisé où les guerres populaires ont laissé la place aux manifestations altermondialistes et au réveil encore hésitant du mouvement ouvrier ici et là dans le monde, comment comprendre le regain d’intérêt pour ce théoricien exalté de la lutte de libération nationale et de la violence révolutionnaire ?
Aux Antilles, nous n’avons réussi que depuis les années 1980 (et pas encore suffisamment), à « restituer Fanon à son peuple ». Nous notons avec un immense intérêt l’écho qu’il rencontre auprès de cercles radicalisés de la jeunesse des banlieues françaises. Nous n’oublions pas que la France officielle a rageusement diabolisé Fanon avant de faire fonctionner l’éteignoir du désintérêt, de l’ignorance, de l’occultation.
Le retour de Fanon (que Daniel Bensaïd a été parmi les premiers militants français à flairer), est un indice aussi bien de son universalisme trop souvent nié par ses détracteurs que de la résonance particulière de ses écrits avec les nouvelles résistances à l’oppression et à l’écrasement de l’homme, à l’ère du post-colonialisme.
Post-colonialisme ? Le Martiniquais aurait pesté contre ce terme, du moins quand il prétend s’appliquer aux dernières colonies de la France, car il traduit à la perfection la manie du colonialisme français à masquer par les « néo » et les « post » le maintien de sa très classique domination coloniale sur ce qu’il appelle l’ « Outre-Mer ». L’une des obsessions de Fanon était précisément de lever les « masques blancs », de percer derrière les formules juridiques et les apparences modernistes les réalités de l’oppression dans son caractère global – expression si chère à Fanon – c’est-à-dire à la fois économique, politique, culturel, psychique.
Frantz Fanon n’a été ni le seul ni le premier à avoir démonté les mécanismes de l’exploitation économique et de l’assujettissement politique des colonies, à avoir analysé l’aliénation culturelle et les traumatismes psychologiques engendrés par ce système d’oppression sur ses victimes. Mais il est peut-être celui qui a scruté avec le plus de rigueur et de la façon la plus systématique les faits, les distorsions, les contradictions liés à l’abomination coloniale. Par ces temps de polémiques furieuses sur la question du voile islamique, par exemple, on gagnerait à relire les pages très dialectiques écrites sur le sujet, il est vrai dans un autre contexte, dans son ouvrage L’an v de la révolution algérienne ; il est peut-être celui qui a relié avec le plus de pertinence et d’insistance les différents niveaux de l’oppression coloniale et souligné le plus radicalement le caractère indispensable de la rébellion du colonisé pas seulement pour reconquérir sa terre, ses richesses naturelles, le pouvoir politique mais aussi et en même temps, dans un même mouvement, son être même dans toute sa réalité psychique et physique.
suite sur www.npa2009.org

samedi 26 février 2011

Rethinking Fanon : The Continuing Dialogue, edited by Nigel Gibson


French West Indian psychoanalyst & social philosopher Frantz Fanon (1925-1961) rejected his French citizenship & became a strong advocate of the Algerian liberation movement in the 1950s. A brilliant scholar who developed the theory that some neuroses are socially generated, Fanon's revolutionary works The Wretched of the Earth, Toward the African Revolution, & Black Skin White Masks founded an African intellectual awakening. The rebirth of Fanonism today in universities & the English speaking world is a testament to his relevance.

Edited by political theorist and African studies professor Nigel C. Gibson, Rethinking Fanon opens with an authoritative biography correcting fallacious assertions about Fanon's life, situating him in Marxism, negritude, Pan-Africanism, and the historical context of postwar decolonization, specifically the Algerian revolution. Section one is highlighted by extended discussions of Marx, Fanon's theories on sophisticated forms of cultural racism, and "true liberation, " as well as his influence on radical movements in the United States and Africa.
Homi Bhabha's "Remembering Fanon" opens section 2, which also contains discussions of the importance of the cultural and literary debates on Fanon by Henry Louis Gates Jr., Edward Said, and Benita Parry. Then Hussein Bulhan's investigation of Fanon's revolutionary psychiatric approaches provides another focal point, as do Bhabha's and Diana Fuss's psychoanalytical discussions of Fanon.
The third section dramatically highlights debates concerning gender and status of women in movements of national liberation and their aftermath. These range from Helie-Lucas's notion of Fanon as one of those who contributed to the "myth of the Algerian woman liberated along with her country" to Sharpley-Whiting'svindication of Fanon as "pro-feminist, " as well as articles by Fuss and Anne McClintock.
The book concludes with essays by Nigel Gibson and Lou Turner that examine new aspects of Fanon's politics and philosophy.
Nigel Gibson is assistant director of the Institute of African Studies at Columbia University.

TABLE OF CONTENTS 
* Frantz Fanon: Portrait of a Revolutionary Intellectual Emmanuel Hansen 
* Rescuing Fanon from the Critics Tony Martin 
* Frantz Fanon, World Revolutionary Lou Turner & John Alan 
* Fanon as a Democratic Theorist Hussein M. Adam 
* Revolutionary Psychiatry of Fanon Hussein A. Bulhan 
* Remembering Fanon Homi Bhabha 
* Travelling Theory Reconsidered Edward W. Said 
* Resistance Theory Benita Parry 
* Critical Fanonism Henry Louis Gates, Jr. 
* Women, Nationalism & Religion in the Algerian Liberation Struggle Marie-Aimee Helie-Lucas 
* Fanon & Gender Agency Anne McClintock 
* Interior Colonies Diana Fuss 
* Fanon's Feminist Consciousness & Algerian Women's Liberation T. Denean Sharpley-Whiting 
* Fanon & the FLN Lou Turner 
* Inside the Structure of the People Nigel C. Gibson


Prometheus Books, Publishers (1999)

vendredi 25 février 2011

Regards Croisés sur Frantz Fanon et Aimé Césaire







Vidéos de la soirée « Regards Croisés sur Aimé Césaire et Frantz Fanon.... »
Pourquoi penser en même temps les oeuvres d’Aimé Césaire et de Frantz Fanon ?

1°/Qu’est-ce qui a fait que ces deux grandes figures, que bien des vicissitudes de leurs jeunesses ont plongé dans les mêmes interrogations, ont élaboré des réponses et produits des actes si différents dans leurs luttes contre le racisme, le colonialisme, contre les dominations et aliénations ?

2°/ Qu’est-ce qui se jouait à l’époque, et qu’est-ce que cela peut encore nous dire pour notre époque, sur les représentations, les tensions entre identité et universalité ?

1ère partie, Introduction par Mustapha Gueye, membre du cercle Frantz Fanon et initiateur de la semaine anticoloniale



jeudi 24 février 2011

Retour sans gloire des engagés volontaires

Marcel Manville raconte les conditions pitoyables dans lesquelles ont été rapatriées les troupes antillaises, qui se sont engagées volontairement pour aller sauver "la Mère Patrie" :

"En 1943, nous avions traversé l'Atlantique dans l'autre sens, sur un paquebot transformé en transport de troupes, au milieu d'une armada de 2 000 bateaux, dont nous avons déjà parlé, transportant les trois millions d'hommes qui allaient débarquer quelque part en Europe pour l'affrontement final. En quinze jours, cependant, nous avions fait le trajet des Bermudes au Maroc.
Deux ans et demi après, l'armée française, oublieuse des combats livrés, n'avait rien trouvé d'autre que ce bateau aux moteurs usés, qui mit trois semaines à nous rapatrier dans des conditions littéralement scandaleuses. Sur le San Matéo, nous étions près de 700 Guadeloupéens, Guyanais et Martiniquais (...)
Nous étions parqués les uns contre les autres dans des shelters insalubres et nauséeux. En guise de nourriture, nous avions droit au corned-beef, les boîtes de singe comme une provocation, et aux biscuits provenant des restes de l'armée française vaincue en 1940. De nombreux soldats d'ailleurs, du fait de cette pitance, furent atteints d'intoxication alimentaire, soignée rapidement parce qu'il aurait été fâcheux que ces rescapés de la mort débarquassent sur des civières du fait de l'incroyable incurie de l'armée, mais il faut aussi le dire, de celle de l'administration coloniale. Cette dernière, en effet, était responsable car on n'aurait pas traité de cette manière les soldats de la 2è DB ou les maquisards du Vercors ou de Bretagne.
Nous étions révoltés ! Nous ne pouvions comprendre à l'époque le comportement de l'armée qui semblait vouloir nous punir pour notre engagement héroïque, stoïque même, puisque nous avons dû subir le froid, non prévu quand nous quittions la baie de Fort-de-France et les rayons du soleil des tropiques seulement inondés ce jour là des larmes de nos familles !  Un tel rapatriement sur ce bateau maudit nous avait remplis de colère et d'exaspération ! Cette épreuve de trois semaines était pourtant un symbole prémonitoire.
Partis dans la clandestinité, nous arrivons à Fort-de-France au lever du jour dans l'indifférence totale des autorités civiles et militaires. Seules les familles des survivants étaient au rendez-vous de la joie. Rendez-vous de la honte pour tous ceux qui avaient oublié et d'abord pour l'armée française qui nous avait abandonnés !"

Marcel Manville, Les Antilles sans fard, L'Harmattan (1992)

mardi 22 février 2011

O pensamento anticolonial de Frantz Fanon e a Guerra de Independência da Argélia



Resumo
Este artigo trata sobre o pensamento anticolonial na África e das conjunturas das quais estas teorias surgem, ou seja, refere-se ao processo de descolonização africana, mais precisamente ao argelino. Ao contrário das teses eurocêntricas que afirmam não haver reflexão interna sobre os problemas africanos, existiram vários pensadores que se dedicaram à análise do seu continente, entre eles Frantz Fanon e Albert Memmi.

Walter Günther Rodrigues Lippold
Graduado em História e Especialista em História do Mundo Afro-Asiático pela FAPA. Esse artigo constitui uma síntese da monografia de especialização, orientada pelo Prof. André Reis da Silva.

Monographia, Porto Alegre, n. 1, 2005
Faculdade Porto-Alegrense, Brasil

lundi 21 février 2011

Prix Frantz Fanon à Stéphane Hessel


Par AFP et Rédaction

L’Ambassadeur et résistant Stéphane Hessel, auteur du best-seller « Indignez-vous », a reçu dimanche le Prix Frantz Fanon récompensant l’action d’un « anticolonialiste exemplaire », à l’occasion d’un « salon anticolonial » organisé à Paris.
Ce prix a été décerné à M. Hessel, 93 ans, un « homme qui a toujours refusé l’indignité (…) et qui incarne une valeur rare: celle de l’éthique de l’engagement », « pour l’ensemble de son oeuvre, de sa vie et de son courage », ont expliqué les organisateurs.
Résistant, ancien ambassadeur, co-rédacteur de la Déclaration universelle des droits de l’homme publiée en 1948, Stéphane Hessel s’est présenté davantage comme « un homme de la génération qui a voulu la décolonisation, qui a participé à la décolonisation » que comme « combattant de l’anticolonialisme ».
Stephane Hessel
« Il reste beaucoup à faire » pour lutter contre « la colonisation, c’est-à-dire l’aliénation des peuples », a ajouté M. Hessel.
« Ce qui se passe ces jours-ci, en Tunisie, en Egypte, partout dans le monde arabe et au Proche-Orient signifie que ma génération va partir mais que la jeune génération va poursuivre notre lutte, nos combats », a-t-il poursuivi sous les applaudissements de la cinquantaine de personnes présentes.
Le succès d’Indignez-vous!, avec « plus d’1,4 million d’exemplaires vendus dans 17 pays », montre selon M. Hessel que « ce souci de ne pas laisser se dégrader des valeurs importantes, nous la partageons avec beaucoup de gens (…), notamment les jeunes qui ont des raisons de s’indigner et qui ont envie de s’indigner ».

Ce « salon », avec stands d’associations, débats et concerts, se tenait samedi et dimanche dans le cadre d’une « semaine anticoloniale », organisée du 18 au 27 février en Ile-de-France à l’initiative de l’association « Sortir du colonialisme » et axée sur les « révoltes dans le monde arabe ».
Stéphane Hessel n’a pas manqué de souligner, lors de la remise du prix par Omar Benderra, représentant de la fondation Frantz-Fanon, la lutte des palestiniens pour la liberté et de préciser que la Palestine est colonisée depuis plus de 60 ans. La présidente de la Fondation, Mireille Fanon – Mendes-France, n’a pu assister à la remise du prix, se trouvant aux Etats-Unis, pour rencontrer le journaliste et militant afro-américain, Mumia Abu-Jamal, condamné à mort.

La citation de la semaine



"Peut-être partiras-tu, mais dis-moi, quand on te demandera : 'Que se passe-t-il en Algérie ?' Que répondras-tu ?
Quand tes frères te demanderont : qu'est-il arrivé en Algérie ? Que leur répondras-tu ?
Plus précisément quand on voudra comprendre pourquoi tu as quitté ce pays, comment feras-tu pour éteindre cette honte que déjà tu traînes ?
Cette honte de n'avoir pas compris, de n'avoir pas voulu comprendre ce qui autour de toi s'est passé tous les jours."


Lettre à un Français, Pour la Révolution africaine (1964)

dimanche 20 février 2011

Egypt and the revolution in our minds, by Nigel Gibson

Extract :

"THE MILITARY INTERREGNUM
In 1956, four years after the 1952 Egyptian revolution and one year into the Algerian revolution, Algeria’s liberation movement met in the Soummam Valley to discuss the organisation and programme of its revolution. An important principle adopted there was that rather than militarising politics, the military and any military decision had to be subservient to, and under the control of, the political struggle. It is a principle that continues to haunt Algeria and Egypt where militarised states of emergency have been in place for decades, abrogating political rights and suppressing spaces for public discourse.
In 1959 Fanon presented his ‘Pitfalls of National Consciousness’ (which would become a central chapter of The Wretched of the Earth) as lectures to the Algerian liberation army camped on the Tunisian border. Looking forward to decolonisation, he goes further than the Soummam platform, arguing that the army too often becomes the pillar of a nation, which despite independence, does not undergo any fundamental reorganisation. The military enforces systematic pauperisation and ‘the strength of the police force and the power of the army are [simply] proportionate to the stagnation in which the rest of the nation is sunk.’[3] Where there is no parliament, he continues, the army takes over – as it has done in Egypt. But this changes nothing unless the army is truly nationalised and the development of the officer class is curtailed as it becomes a school of ‘civic and political education.’ Rather than a professional army, he adds, the military should become a political organisation which, as a servant of the people, needs to take the step from ‘national consciousness to political and social consciousness’ and become part of a genuine humanist and social national programme.[4] Too often, however, as we have seen in the fifty years since Fanon’s death, the army, as he feared, takes the place of a corrupt political party, and becomes the organizer of the profiteers.[5] This certainly was the situation under Mubarak.
In Egypt the army – intimately connected to the economy and self-interested in the maintenance of the status quo – is repeating the same calls it made during the last days of Mubarak under the slogans to ‘return to order’ and ‘return to normalcy.’ Yet the people are not naïve. During the commune days of Tahrir Square they understood that the tanks not only protected them but threatened them. People slept in the tank’s tracks not only to stop the tanks from moving but let everyone know that they were ready if the tanks did move; they marched around the tanks by candlelight at night to keep them in their place; and they continued to embrace the soldiers as their ‘brothers,’ but announced further demonstrations and encouraged the soldiers to join them. Thus after Mubarak’s departure and despite the army’s clearing of Tahrir Square and its threat to ban strikes and end street demonstrations, the question is can the military put the lid back on the multidimensional revolt? How reliable are the army’s young and badly paid conscripts ?"

samedi 19 février 2011

Frantz Fanon : A Biography, by David Macey

Born in Martinique, then as now a departement of France, Frantz Fanon (l925-61) trained as a psychiatrist in Lyons before taking up a post in colonial Algeria. He had already experienced racism as a soldier in the Free French Army, for which he had volunteered and in whose ranks he saw combat during the liberation of France. In Algeria, he came into contact with the Front de Liberation National whose ruthless struggle for an independent Algeria was met with quite exceptional violence by the French Army. Fanon identified completely with the FLN and soon became a marked man. Forced to flee Algeria when he resigned his post, Fanon subsequently worked with the FLN as a propagandist and ambassador.

Based on extensive and original research, this is the most compete and objective biography of Fanon yet written. It sweeps away the myths that have grown up around him and reveals Fanon to be a complex figure, infinitely more interesting than the theorist of anti-colonial violence celebrated by the left in the 60s. Macey shows Fanon to have been a man formed in the context of the French Caribbean, with its history of slavery and racism, and traces Fanon's intellectual career as a political thinker and psychiatrist with great care, setting it against the background of post-war French culture.

David Macey has done justice for the first time to the extraordinary life of a complex figure, flawed in some respects but fundamentally a humanist committed to the eradication of colonialism, a man whose angry and eloquent writings are still of fierce relevance today.



David Macey has translated some twenty books from the French. He is the author of Lacan in Context, the acclaimed The Lives of Michel Foucault, and The Penguin Dictionary of Critical Theory. He lives in Leeds, England.


Picador, June 2002
ISBN: 978-0-312-30042-5, ISBN10: 0-312-30042-5, 
6 1/8 x 9 1/4 inches, 656 pages, Includes 8 maps,

vendredi 18 février 2011

Frantz Fanon, l’apôtre de la violence ? par Sami Tchak


"Frantz Fanon fait partie de ces penseurs dont l’œuvre a eu un écho immédiat. Les Damnés de la terre, Peau noire masques blancs, Pour la révolution africaine, L’an V de la révolution algérienne : tous ces textes ont fait de leur auteur l’une des voix majeures de la pensée anticolonialiste, ils ont été lus, commentés, traduits et parfois instrumentalisés en Afrique, en Europe, en Asie et en Amérique. Mais, hors du contexte qui avait favorisé le bon accueil de l’œuvre de Fanon (la deuxième guerre mondiale, la guerre froide, les guerres de libération, etc.), celle-ci avait été d’abord l’objet de critiques parfois sévères avant de tomber dans un relatif oubli. Serait-elle datée au point de ne plus permettre la compréhension de certains phénomènes actuels dans le monde ? Ne peut-on pas repenser la violence à partir de ses écrits, surtout à partir des Damnés de la terre ?

Encore une fois, Fanon
Aujourd’hui, en partie grâce au livre que lui consacre Alice Cherki, le Martiniquais Frantz Fanon (1925-1961) revient dans les débats. L’Unesco lui a même consacré un colloque en décembre 2001. Mais l’on est bien loin de l’engouement qu’avait suscité son œuvre dans les années 60 et 70 en Afrique, aux États-Unis, en Europe occidentale, ou Proche-Orient, au Japon et en Amérique du sud. On est loin de la place que l’auteur avait occupée, une place justifiée d’abord par l’écho de ses livres (Les Damnés de la terre a été vendu à plusieurs centaines de milliers d’exemplaires en français et en anglais), et par l’intérêt que son œuvre avait suscité auprès d’autres intellectuels1. Sans aucun doute, cette œuvre avait-elle bénéficié, comme cela a toujours été le cas de toutes les pensées qui ont marqué plus ou moins une époque, d'un contexte historique favorable. Elle était née à un moment où l’identification claire des bourreaux d’un côté et des victimes de l’autre était une démarche plus que tentante, adoptée à la fois par les porte-parole des colonisés, des « damnés de la terre », et par une partie des intellectuels appartenant au camp des forts, donc des bourreaux. L’on sortait de la Seconde Guerre Mondiale pour entrer dans la guerre froide, mais aussi dans les guerres de décolonisation, une période de grandes ébullitions historiques et sociales, une période de contestations, de revendications, mais aussi de répressions : répression sanglante en Indonésie en 1965 (500 000 morts), assassinat de Patrice Lumumba au Congo, assassinat de Che Guevara en Bolivie, assassinat de Malcom X, de Martin Luther King aux États-Unis, assassinat de Ben Barka...
Cette contextualisation n’enlève rien à la complexité de la pensée de Fanon, elle explique seulement, en partie, l’accueil favorable qu’elle avait eu, en même temps qu’elle permet de comprendre aujourd’hui, plus de quarante ans après la décolonisation de l’Afrique, toutes les réserves et les critiques qu’elle suscite ou l’oubli progressif dont elle est victime."

Revue des littératures du Sud., N° 148. Penser la violence.
Juillet - septembre 2002


Suite de l'article ici (format PDF)

mercredi 16 février 2011

L'affaire de l'OJAM (Organisation de la Jeunesse Anticolonialiste Martiniquaise)



En 1962, quelques mois après la disparition de Frantz Fanon, et dans la foulée de l'indépendance algérienne, la jeunesse martiniquaise relance un mouvement anticolonialiste qui avait déjà été étouffé dans l'oeuf en 1961 (le Front Antillo-Guyanais), en plein putsch des Généraux à Alger. L'Organisation des la Jeunesse Anticolonialiste Martiniquaise se distingue par la diffusion en décembre 1962 d'un Manifeste incendiaire. En février 1963, 18 jeunes liés au mouvement sont arrêtés, en plein Carnaval. Le procès qui s'en suit deviendra l'emblème de la lutte anticolonialiste en Martinique. Le documentaire de Camille Mauduech, sorti en salles le 11 février dernier, en Martinique, revient longuement sur ce pan de l'histoire martiniquaise.  

mardi 15 février 2011

Frantz Fanon: Los condenados de la tierra y el 68


Por Francisco Pineda

“A las tres de la mañana del año nuevo lunar, es decir, el 31 de enero del año del mono, 1968 en Vietnam, un contingente de comandos urbanos asaltó la embajada de Estados Unidos en Saigón. Simultáneamente, las tropas del Frente de Liberación Nacional atacaron todas las bases militares yanquis, todos los pueblos y ciudades de Vietnam del Sur, y once batallones rebeldes entraron a Saigón.
Ese día se puso en marcha el plan de Ofensiva General-Levantamiento General que acordó la dirección del movimiento de liberación. Durante los tres meses previos se había llevado a cabo un enorme esfuerzo organizativo. Miles de combatientes participaron en las tareas de preparación militar y política con admirable secreto, logrando tomar por sorpresa a las fuerzas de ocupación yanquis y al gobierno títere.
Las orientaciones generales fueron: combinar el ataque de las unidades militares con el levantamiento de las masas urbanas, combinar los ataques desde dentro de las ciudades con las ofensivas de fuera y combinar las actividades militares rurales con las urbanas.
El criterio central fue que el ataque militar debía ir siempre un paso adelante de la actividad política a fin de operar como una palanca del levantamiento masivo. Como señaló el general vietnamita Tran Van Tra,[1] éste es un principio insurreccional indispensable en tiempo de guerra.
La ofensiva del Têt se desplegó en tres fases: la primera duró del 31 de enero al 25 de febrero de 1968; la segunda se desarrolló entre el 4 de mayo y el 16 de junio, y la tercera entre el 17 de agosto y el 23 de septiembre. En esta campaña participaron 300 mil efectivos rebeldes en contra de un millón 200 mil tropas enemigas (500 mil de las cuales eran estadounidenses).
Por medio de esta ofensiva, la guerra de Vietnam dio un viraje definitivo. A finales de ese año el gobierno de Estados Unidos se vio obligado a reiniciar las pláticas de paz en París, aceptando que la delegación rebelde de Vietnam del Sur ocupara el lugar que le correspondía en la mesa de negociaciones. La Ofensiva General-Levantamiento General de 1968 fue el punto de inflexión en la guerra, el giro que llevó a la victoria definitiva de Vietnam, al triunfo más difícil y heroico en la lucha de descolonización del siglo XX.
Históricamente, ése fue el acontecimiento más importante de 1968, y fue protagonizado por los condenados de la tierra. Pero, por lo mismo, ha sido excluido de la fiesta conmemorativa del 68 en los medios de comunicación.
La memoria cercenada del 68, es decir, reducida a las luchas estudiantiles de París y México, a los crímenes políticos de Estados Unidos y al movimiento hippie, es perfectamente funcional para el sistema. En nuestro país, además, se ha pretendido implantar una visión política que alude al 68 como "el principio del fin", lo cual significa implícitamente que todo termina el año 2000 o, en términos más precisos, en las próximas elecciones presidenciales.
Abordar el significado político del año de 1968 desde una perspectiva histórica debe llevarnos a romper ese esquema estrecho y a situar a las luchas por la descolonización en el lugar de la historia que les corresponde.”
Articulo completo : Chiapas 7

lundi 14 février 2011

La citation de la semaine

"Système économique de référence, donc d'oppression, l'Occident se prévaut aussi de sa supériorité humaniste. 'Le modèle' occidental se trouve atteint dans son essence et sa finalité. Les Jaunes les Arabes et les Nègres, aujourd'hui, veulent dire leurs projets, veulent affirmer leurs valeurs, veulent définir leurs relations avec le monde. La négation du béni-oui-ouisme politique est liée au refus du béni-oui-ouisme économique et du béni-oui-ouisme culturel. Il n'est plus vrai que la promotion des valeurs passe par le tamis de l'Occident."

Vérités premières à propos du problème colonial (El Moudjahid, n°27 du 22 juillet 1958, repris dans Pour la Révolution africaine)



"L'occident n'est pas à l'Ouest. Ce n'est pas un lieu, c'est un projet."
Edouard Glissant, Le Discours Antillais (1981)

samedi 12 février 2011

Marche du 12 février 2011, en Algérie



"On parle d’une hypothétique levée de l’état d’urgence, mais qu’en est-il de cet état ? Où sont les vraies urgences ? Nous le savons tous : l’Etat est démissionnaire, l’urgence, c’est le peuple."



Appel d'Amazigh Kateb pour la marche du 12 février 2011, en Algérie



Frantz Fanon and the Psychology of Oppression, by Hussein Abdilahi Bulhan

Few human encounters are exempt from oppression of one kind or another. Whether this oppression is based on race, national origin, class, gender, age, religious belief, political stance, or physical handicap, each of us, depending on circumstance, becomes either victim or perpetrator of this condition.
Illuminating and reinterpreting the work of the revolutionary black psychiatrist Frantz Fanon, Bulhan focuses on the psychology of racism from historical and contemporary perspectives. In accordance with the Fanonian outlook, the author's writing is neither dispassionate nor neutral; rather, he comes to close grips with the subject, bringing new life to Fanon's work and suggesting alternative priorities and orientations to establishment psychology. In addition, Bulhan offers new directions for social reconstruction and self-reconstitution.


Plenum Publishing corporation, New York
ISBN 0-306-41950-5
1985

jeudi 10 février 2011

Casablanca - Subtilités de la discrimination militaire, par Marcel Manville

"Un matin, nous découvrons un port immense : Casablanca, le Maroc.
Une nouvelle expérience commençait qui allait déchirer encore notre conscience. Une nouvelle écharde dans nos coeurs si pleins d'enthousiasme patriotique, mais d'un patriotisme d'emprunt !
Notre connaissance du Maroc remontait aux bancs de la communale : du point de vue de la géographie : un beau pays où le soleil est froid ; du point de vue de l'Histoire, un pays conquis par le Maréchal Lyautey qui déclarait que dans une colonie, il fallait montrer sa force pour ne pas avoir à s'en servir...
Casablanca.
Deux mondes irréconciliables.
L'Europe et ses privilèges de conquérants, de 'civilisés', les Français avec leur double supériorité de la peau et du drapeau, soutenue par le fusil.
L'Islam, le monde dévalorisé, un peuple qui vit dans le dénuement, la crasse, le désespoir, à côté d'une caste : les coloniaux qui, même quand ils sont modestes, apparaissent comme Crésus au regard de l'Arabe, le bicot affamé de pain et de dignité.
(...)
À peine étions-nous débarqués, que nous étions conduits dans le camp militaire qui nous était destiné, nous le jeunes Antillais qui nous croyions bien nés ! Nous étions jetés dans une tour de Babel avec des soldats de l'armée d'Afrique comme on disait à l'époque, venus du Tchad, du Sénégal, de Tunisie, d'Algérie, de France ! Parmi ces différents groupes, une autre classification était instaurée en fonction non de la race, mais du statut d'indigène et de celui d'européen.
Ainsi, ceux qui venaient du Sénégal, des quatre communes de plein exercice, Dakar, Thiès, Rufisque, bien que noirs comme les autres, servaient à titre d'Européens. C'était la minorité, la majorité servait à titre d'indigènes comme les soldats nord-africains qui étaient français mais musulmans ; Français de deuxième zone par rapport aux coloniaux et étrangers dans leur propre patrie, sans droit de vote mais avec une réputation bien établie : ils sont menteurs, voleurs, pour l'adjudant, souvent imbibé d'alcool et analphabète, le cerveau ramolli par le soleil africain... Ainsi ces hommes qui vont se battre pour libérer la France et combattre la discrimination raciale, sont eux-mêmes sous l'uniforme, victimes d'un racisme agressif, chosifiés, transformés en végétaux. On les appelle figuiers, melons, crouilles, crouillats, bicots...
(...)
Pour différencier les nègres venus des quatre communes du Sénégal ainsi que les Antillais, la bouée de sauvetage c'était le calot kaki que nous portions comme les Français de France, les Français aux yeux bleus venus de l'hexagone et les Français un peu basanés par le soleil et la cohabitation avec les Arabes, les Français des colonies. Les autres soldats noirs d'Afrique et nord-africains portaient la chéchia. Une autre distinction importante : nos guitounes, c'est-à-dire nos dortoirs, étaient différents et n'avaient pas le même confort.
(...)
Si par malheur ou par inattention, nous sortions tête nue et sans le calot de la dignification, au moment de rentrer au camps qui nous était réservé en tant qu'Européens, nous recevions le coup de pied et le tutoiement bestial de l'adjudant qui se mettait dans une colère jupitérienne pour dénoncer cet acte de lèse-majesté."


Marcel Manville, Les Antilles sans fard (L'Harmattan, 1992)

mercredi 9 février 2011

Fanon peut-il être notre héros ? par Edouard Glissant

Edouard Glissant (1928-2011)
Mémorial des esclaves à l'Anse Cafard, Le Diamant, Martinique


"Maintenant, la Martinique est-elle un kyste dans la zone de civilisation antillaise ? Toussaint Louverture est-il le héros d'autrui, et Schoelcher notre 'vrai' héros ? Que l'intelligentsia martiniquaise en soit encore à débattre de tels problèmes montre, de manière consternante, la profondeur du déracinement qu'elle subit. Saurait-elle reconnaître en Frantz Fanon un des personnages qui ont animé (au sens profond du terme) les peuples du monde contemporain ? Elle ne le saurait pas. Les héros d'autrui ne sont pas les nôtres, nos héros par force sont d'abord ceux d'autrui."


Edouard Glissant, Le Discours Antillais (1961)

Heroes: A tribute to exceptional human beings whose lives are inspiring

mardi 8 février 2011

Il y a 25 ans nous quittait Cheikh Anta Diop


29 décembre 1923 - 7 février 1986

Allocution de Cheikh Anta Diop à la jeunesse du Niger

En 1984, le professeur Cheikh Anta Diop s’adressait aux jeunes du Niger et répondait avec engouement à leurs questions. 
Sa réponse fut cinglante ! Pour lui, la jeunesse panafricaine doit absolument s’armer de connaissance et être en mesure d’étudier son passé de manière minutieuse et objective en se réservant la priorité de son jugement et surtout en se passant de toute tutelle intellectuelle étrangère.
Nous vous proposons donc sa réponse suivie de notre analyse.
"Je crois que le mal que l’occupant nous a fait n’est pas encore guéri, voilà le fond du problème. L’aliénation culturelle finit par être partie intégrante de notre substance, de notre âme et quand on croit s’en être débarrassé on ne l’a pas encore fait complètement.
Souvent le colonisé ressemble un peu, ou l’ex-colonisé lui-même, à cet esclave du XIXème siècle qui libéré, va jusqu ’au pas de la porte et puis revient à la maison, parce qu’il ne sait plus où aller. Il ne sait plus où aller... Depuis le temps qu’il a perdu la liberté, depuis le temps qu’il a apprit des réflexes de subordinations, depuis le temps qu’il a apprit à penser à travers son maître (...)
Toutes les questions que vous m’avez posé reviennent à une seule. Quant est ce que les blancs vous reconnaîtront-ils ? Parce que la vérité sonne blanche. Mais c’est dangereux ce que vous dites parce que si réellement l’égalité intellectuelle est tangible, l’Afrique (et la diaspora africaine) devrait sur des thèmes controversés (tels que l’origine africaine de la première civilisation humaine), être capable d’accéder à sa vérité par sa propre investigation intellectuelle et se maintenir à cette vérité, jusqu’à ce que l’humanité sache que l’Afrique ne sera plus frustrée, que les idéologues perdront leur temps, parce qu’ils auront rencontré des intelligences égales qui peuvent leur tenir tête sur le plan de la recherche de la vérité.
Mais vous êtes persuadé que pour qu’une vérité soit valable et objective, il faut qu’elle sonne blanche. Mais ça, c’est un repli de nôtre âme qu’il faut faire disparaître (...) Moi, si je n’étais pas intiment persuadé de la capacité de chaque race à mener sa destinée intellectuelle et culturelle, mais je serai déçu, que ferions nous dans le monde. S’il y avait réellement cette hiérarchisation intellectuelle, il faudrait nous attendre à notre disparition d’une manière ou d’une autre. Parce que le conflit, il est partout jusque dans nos relations internationales les plus feutrées. Nous menons et on mène contre nous le combat le plus violent, plus violent même que celui qui a conduit à la disparition de certaines espèces. Il faut justement que votre sagacité intellectuelle aille jusque là (...) Il n’y a qu’un seul salut, c’est la connaissance directe et aucune paresse ne pourra nous dispenser de cet effort (...)
A formation égale, la vérité triomphe. Formez-vous, armez-vous de sciences jusqu’aux dents (...) et arrachez votre patrimoine culturel. Ou alors traînez-moi dans la boue, si quand vous arrivez à cette connaissance directe vous découvrez que mes arguments sont inconsistants, c’est cela, mais il n’y a pas d’autre voie".

(…)
Pour mieux nous faire prendre conscience de certains phénomènes, le psychologue martiniquais Frantz Fanon dans « Peau noire et masque blanc », nous assène une vérité sur les effets de l’aliénation culturelle.

FRANTZ FANON
« Il y a une constellation de données, une série de propositions qui, lentement, sournoisement, à la faveur des écrits, des journaux, de l’éducation, des livres scolaires, des affiches, du cinéma, de la radio, pénètrent un individu en constituant la vision du monde de la collectivité à laquelle il appartient.
Aux Antilles, cette vision du monde est blanche parce qu’aucune expression noire existe (...) Un européen, par exemple, au courant des manifestations poétiques noires actuelles, serait étonné d’apprendre que jusqu’en 1940 aucun antillais n’était capable de se penser nègre. C’est seulement avec l’apparition d’Aimé Césaire qu’on a pu voir naître une revendication, une assomption de la négritude (...) Quand les nègres abordent le monde blanc, il y a une certaine action sensibilisante.
Si la structure psychique se révèle fragile, on assiste à un écroulement du Moi. Le noir cesse de se comporter en individu actionnel. Le but de son action sera autrui (sous la forme du blanc), car autrui seul peut le valoriser ».
Et il faut que le "Moi nègre" soit très solide pour résister à la pression :
« Nous conseillons l’expérience suivante à ceux qui ne seraient pas convaincus : assister à la projection d’un film de Tarzan aux Antilles et en Europe. Aux Antilles, le jeune noir s’identifie à de facto à Tarzan contre les nègres. Dans une salle d’Europe, la chose est beaucoup plus difficile, car l’assistance, qui est blanche, l’apparente automatiquement aux sauvages de l’écran. Cette expérience est décisive. Le nègre sent que l’on est pas noir impunément. Un documentaire sur l’Afrique, projeté dans une ville française et à Fort de France, provoque des réactions analogues. Mieux : nous affirmons que les Bochimans et les Zoulous déclenchent davantage l’hilarité des jeunes antillais. Il serait intéressant de montrer que dans ce cas cette exagération réactionnelle laisse deviner un soupçon de reconnaissance. En France, le noir qui voit ce documentaire est littéralement pétrifié. Là, il n’y a plus de fuite : il est à la fois Antillais, Bochimans, et Zoulou  ».
Tant que nous ne maîtriserons pas les données relatives à notre patrimoine historique, culturel et économique, nous demeurerons des marionnettes dociles et inconscientes.

Article en entier sur le site d’Africamaat

NB : extraits de Fanon issus de Peau noire, masques blancs

Where did we go wrong?


By Busani Ngcaweni and Dumisani Hlophe

It is a severe nervous condition when Africans living on the most southern tip of the African continent debate “what is an African?” – even more so in a newspaper that prides itself as being “Distinctly African”.

Frantz Fanon predicted that in a post-colonial society, Africans would voluntarily entrench colonial identity pathologies.

Given the current debate of ­Africanness in South Africa, one could swear that Fanon was writing about post-apartheid South Africa.Sixteen years into a liberated South Africa, and about 10 years since former president Thabo Mbeki committed this country to an African Renaissance, a debate is raging about who/what is African.

Perhaps the question posed by Afro-rock pop group Stimela is re-levant: “Where did we go wrong?” 

The debate symptomises the ­following aspects of our history and trajectory:



» First, the black educated elite are alienated from their cultural and traditional bases.It is a soul-searching exercise for an African identity by people who suddenly realise there is a widening gap between them and their ­cultural roots.

What is the likelihood that a Chauke in Bhungeni, a Mabhengu in Nkandla, a Gebashe in Ndwedwe and a Kgoroeadira in Taung would pontificate about what/who is an African? 

This is a preoccupation of those who have rapidly climbed the economic ladder in post-colonial South Africa.



» Second, within the broader elite across races, there is fear of exclusion from gains associated with an African identity. In the past, ­Africanness was politically associated with socioeconomic exclusion.

However, in post-apartheid South Africa, Africanness helps you ­access socioeconomic benefits.

It is for this reason that many companies use phrases such as “100% black owned” or “black women-owned company” in their profiles. 

Once a definition of ­African is based on skin colour, those who fall outside feel the need to broaden the definition so that they are not sidelined from the gains associated with the windfall of post-apartheid Africanness.

Anecdotally, there is now a trend for Africans to replace their European surnames with their original African surnames. 

After all, one wouldn’t want to be seen as anything other than African.



» Third, the “African” debate symptomises the ugly fact that for centuries, the African identity was crafted by people other than Africans. 

Thus, when Africans begin to define – not just describe – themselves in the manner that affirms who they are, they disturb the original manipulative agenda of the external codification of Africans and Africanness.

There is no identity debate where Africans have crafted their identities and, for centuries, practised their defined cultural traits, languages and forms of interaction.

In fact, most of the black educated elite who debate Africanness do not debate their own ethnic belonging. 

They enthusiastically find comfort in asserting being Venda, Tswana or Xhosa. They find these forms of identities self-affirming rather than debatable.

Hence, we offer the following working definition of an African: An African is one who has no alternative to be anything else but African. 

Africans are a people who do not have the option of being English, French, Portuguese and so on. Therefore, those who have the ­option to choose to be African or not at any given time are just identity opportunists!

»

The authors are public servants writing in their personal capacities. They blog at: www.kunjalo.co.za